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Incurablement amoureux (2)

mars 31, 2015 10:12 Publié par

Par elle, je faisais cohabiter, danser et chanter mes joies et tristesses. L’abandonner ? Non, jamais ! C’était comme vivre sans air et ça c’était…

– (Papa) Tu m’a encore menti ! Tu m’avais pourtant promis que tu ne la reverras plus ! J’aurai voulu aussi, que tu ne la revois plus. J’aurais voulu que tu deviennes analyste financier, génie de la finance, excellent analyste financier, succédant à ton père, premier analyste financier, spécialistes des subprimes en Afrique, des OPA boursières et des produits dérivés financiers. Mais tu t’entêtes et je suis obligé de sévir. Qu’est-ce que tu crois ? Elle ne t’apportera rien ! Absolument rien tu m’entends ? Elle est inutile et dangereuse ! Tu n’as pas entendu le ministre à son propos ? Elle ne développe pas, où l’a-t-on d’ailleurs vue développer ? Elle ne rapporte rien ? Ce ne sont là que des caprices d’onirocrate… Que vaut-elle diantre à côté de ce que je te présente ? Que diront d’ailleurs mes amis, quand je leur dirai, moi si connu, que mon bachelier a décidé de la suivre? Bon, c’est décidé : tu iras en France dès la semaine prochaine, tout est déjà réglé. Tu feras quatre années à HEC Paris, tu iras ensuite te spécialiser à la London School of trade et tu me reviendras analyste financier, boursicoteur et trader talentueux. Et puis, cette fois que je ne t’y reprenne plus. Ajouter à cela…

La même chose, le même effet, une voix aux injonctions inefficaces venues d’un lointain Nérée.

J’étais ignifugé de tous ces coups de tonnerre verbaux, verbeux peut-être. Parce que pour moi, tout cela n’était que mots… Je m’y suis encore remis, plutôt qu’à ses ordres et ses menaces, j’ai pensé à ses phrases et mots. Je me suis drôlement mis à penser, qu’il avait eu de la répartie cette fois. Ce ne sont là que des caprices d’onirocrate… Bien qu’étant fausse, je trouvais cette phrase belle et… Mais papa aurait dû utiliser le subjonctif. Oui oui et oui, moi j’aime le subjonctif et les néologismes. L’un est beau et résonnant, et l’autre me refait démiurge donnant vie à des êtres immortels et immortalisés : les vocables. Il aurait dû dire par exemple : j’aurais aimé, que tu ne la revisses plus. Et continuer par la suite en disant : j’aurais souhaité, que tu devinsses boursicoteur… Voilà je trouve cela plus beau. J’aurai été beaucoup plus incandescent à ces phrases, si elles avaient été dites de la sorte. Bien sûr, je n’aurais jamais renoncé, je ne renoncerai jamais à elle. Mais, peut être aurais-je… Quelqu’un avait mouchardé ce jour-là, Papa avait tout découvert. Il a vu son bachelier, sur ce site où ceux qui comme moi, amoureux étranges allaient de temps en temps jeter du noir. Inventer, réinventer, s’inventer un monde : exulter, par leur exutoire. En plus, je ne pouvais plus mentir, ma photo y était et j’ai été puni.

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…4 mois plus tard, toujours avec elle, sans Papa et sans Maman…

Il ne perd rien, pour attendre Papa. Rien ne vaincra mes élans et allants. Et puis, Papa n’a rien compris, il ne sait pas qu’il combat seul. Lui contre Elle, Maman et moi. Mon premier fan, c’était Maman. C’était elle ma première contemplatrice. Elle et moi, nous livrions bataille à papa jusque dans son intimité. Croyez-moi, quand à vos côtés, il y a votre mère… Il n’en pouvait plus, il en avait marre de mon amour teigneux pour elle. Lui me rêvait boursicoteur, moi je me rêvais avec elle. Tout ce qu’il me proposa, je m’y étais refusé, et je n’ai point abdiqué. Avec les lettres, je me sentais en ataraxie, lui ne pouvait pas comprendre cela, il ne voulait pas comprendre cela, il ne voulait pas sentir cela. Je m’en fichais de vendre, d’être bestseller. Même worstseller, j’écrirai. J’écrirai et lirai, jusqu’à ce que j’en crève. Il y a crime contre nos sentiments et la quiddité de notre être, tant que l’on n’éprouve pas un amour xxl, pour les affaires dans lesquelles l’on s’adonne et où l’on s’aventure : le travail surtout, il ne faudra jamais l’oublier. Moi, je m’en foutais de tout ce qu’il me faisait miroiter. C’est la joie que ces vingt-six petits êtres charmants, amis fidèles qui me laissaient les faire, refaire, défaire et parfaire à mon aise et ma guise, qui m’enchantait. En plus, c’était gratuit tout cela. Moi avec les lettres, ici dans ce monde laid, je demeurais dans un empyrée, mon assuétude à ces petits êtres et aux viatiques, romans, théâtres, poésies, essais qui les portent était sans rémission possible. Et il avait commis le sacrilège Papa ! Lui et ses amis, les démineurs comme je les avais quolibetés, étaient venus guillotiner mon amour obèse pour la littérature et les lettres. Leur génuflexion gamine devant les chiffres et leur soumission biblique pour la science ne les gênaient point ; c’est plutôt mon amour qu’ils trouvaient mal à propos. Ils pensaient mon bonheur par leur honneur et ouillère financières et boursicoteuse… Ils ont parlé des livres avec mépris. Peut-être parce qu’ils n’en savaient rien ! Ils se sont mis à tout appeler romans. Messieurs, tous les livres ne sont pas des romans. Il y a… Papa et ses amis ont raillé les lettres. En des termes très peu respectueux, ils les ont redéfinies et comparées aux chiffres. Ils ont dit que… Moi je dis qu’entre Oppenheimer et Adiaffi, le choix est très vite fait. L’un avec ses chiffres et sa science obtuse a inventé un monstre, qui a tué des millions d’être et continue à le faire, il est mort contrit. L’autre a tué, mais sans hémoglobine. Il tua nos âmes, nos laideurs, les conduisit jusqu’au pandémonium et les fit revenir et renaître immaculées. Entre être un spéculateur retors, jouant avec des vies semant mort par les crises engendrées par nos jeux boursiers, devenir un calculateur froid amputé d’être parce que de marbre au lettres, et être un écrivain redonnant vie et espoir ; mon option est claire. Je veux être homme de lettre et non d’avoir. Je veux être homme de lettre, donc d’être et non d’avoir. Papa et ses amis pensent que la littérature n’est traditive de rien ! Pischt ! Mon œil !

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Cet article a été écrit par SAS

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