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Fatim Tembely

EXISTER, SANS VIVRE

juin 7, 2013 9:25 Publié par

2 ans se sont écoulés, 24 mois sont passés, 730 jours se sont envolés, 17 520 heures se sont dissipées, et pourtant, ce sentiment ressenti au plus profond de moi reste le même. Mon cœur a mal, submergé de cette désolation rongeant à foison tous les êtres humains sans distinction d’âge, de couleur ou de religion.

Son absence me peine, me détruit, me ronge à petit feu, me rendant encore plus proche d’elle, car oui, je ne vis plus, je suis morte..avec elle. Nous avons conscience d’être mortels ; et pourtant, il suffit qu’une personne aimée disparaisse pour que le monde tout entier s’effondre à nos pieds. Des êtres chéris, j’en ai assez perdus, mais avec le temps, malgré la douleur, j’ai fini par accepter ; mais pas elle, pas l’absence de ma mère, pas la disparition de ma génitrice.

Personne ne peut comprendre la douleur engendrée par la perte d’une mère. Capable uniquement de l’éprouver, l’être qui, comme moi voit celle qui lui donna la vie perdre la sienne !

Je me rappelle tous les événements comme s’ils venaient de se dérouler. Il y’a deux ans, je me levai fiévreuse, jetant un coup d’oeil à ma montre qui affichait 10 heures. Pourtant, les rideaux demeuraient fermés et aucun bruit de tes pas ne se faisait entendre, toi si matinale. Pourquoi n’étais tu pas encore éveillée? Pourquoi étais tu encore dans ta chambre, non éclairée alors qu’à l’accoutumée tu parcourais bruyamment toute la maisonnée? Malgré cette fièvre qui bouillonnait en moi, je me dirigeai vers ta chambre, où je te vis allongée au sol. Prise de panique, affolée, mon cœur s’accélérait et ma maladie s’était comme envolée. Quelques minutes après, tu fus transférée, puis hospitalisée dans une clinique. Je ne pouvais aller avec toi, incapable de tenir sur mes deux pieds. Ce soir là, tu dormis à l’hôpital. Un jour passa, puis un second. De nombreuses questions, je me suis posées, sans que papa ne me donne aucune réponse. Puis, vint le jour où je pus te voir. Méconnaissable tu étais. Fondre en larmes je faillis, en te voyant si maigre et si jaunie mais j’ étais ta fille alors j’essayai de te parler, de te  sourire. Quelques jours plus tard, ton état s’est stabilisé ; tu étais prête à rentrer à la maison. Mon espoir grandissait et le lendemain, seulement le lendemain après ton retour de l’hôpital tu es partie…

Maman, si par le pur des hasards tu m’entends, je veux que tu saches que tu m’as fait mal. Peinée je suis, abandonnée également, mi-vivante mi-morte je demeure. Pas une journée, pas une nuit ne passe sans que je ne pense à toi, à ton sourire, à ton parfum, à nos moments partagés, de tristesse comme de bonheur dont ceux où tu t’allongeais près de moi, sur mon lit. J’ai mal maman, c’est dur sans toi. Croyante tu l’as toujours été et c’est pourquoi je me remets à Dieu, en me disant que tout ce qu’il fait est bon et que rien ne se produit par hasard. Et pourtant, parfois, ma foi s’affaiblit au profit de l’asthénie, de la colère, de la haine et de l’envie. Je les envie tellement ces amis, connaissances et même inconnus qui, depuis la naissance sont entourés et protégés par leur accouchée. Il y a mon père certes, qui, tant bien que mal essaie de me procurer tous les biens et services dont j’ai besoin. À une seule et unique chose, il a failli. En dépit de son bon vouloir, il n’arrive pas a remplacer cette femme qui m’a mise au monde; cette femme qui, seize années durant supporta mes caprices, me consola, et partagea mes douleurs même les plus intérieures. Si tu m’entends maman, je souhaite te remercier pour ces larmes que tu as bien pu verser à mon chevet dans le seul but de me montrer que tu partageais mes peines lorsqu’en moi, la maladie m’affligeait. Aujourd’hui, lorsque celle ci s’empare de mon être, il n’ y’a personne pour prendre soin de moi. Ni à droite, ni à gauche, seulement loin, tout là haut. Je suis seule. Maman, si par le pur des hasards tu m’entends, je t’en prie, je t’en supplie, je t’en conjure, je t’implore, apparais moi en rêves. Je me demande parfois ce que nous avons fait d’aussi grave pour que Dieu nous inflige une punition si grande. À quoi cela sert-il de nous donner une personne dotée de tant de valeurs, une personne à qui l’on s’est énormément attachée si ce n’est pour l’enlever aussitôt. J’en veux à la vie. Éternellement, je serai meurtrie car ma mère s’en est allée avec tout ce que j’avais comme bonheur. Toutes les fois où je déprime, le passé me hante mais le futur me parait encore plus orageux. Aucun regard maternel ne m’observera tendrement avec fierté et admiration lorsque par la grâce de Dieu je tiendrai en main mes diplômes. Absente, tu seras le jour de mon mariage. De tes conseils donc, je serai privée. Sur les souvenirs uniquement, je me baserai donc pour être la femme que tu fus dans ton foyer. Non présente tu seras, lors de ma première grossesse. Absente tu seras, à l’accouchement, privant  ton petit enfant de son premier bain, à l’accoutumée réalisé par la grand mère.

Maman, si mes larmes avaient le pouvoir de te ramener, tu serais là, tant elles sont abondantes. Maman, tu me manques et plus que jamais je t’aime. En cette deuxième année de ta disparition, je me remémore notre dernier échange. Tu me disais « bonne nuit » tout en me couvrant de bénédictions et ma réponse étais  « je t’aime maman, bonne nuit ». Ce « bonne nuit » ne signifiait pas un « Adieu » alors maman, réveille toi ! Sous terre n’est pas ta demeure, sous terre n’est pas ton véhicule, sous terre n’est pas l’endroit où tu te dois d’être alors maman réveille toi !

Ta disparition m’a jetée sur une plage inconnue et austère, un lieu à découvrir, dont il fallait apprivoiser les formes et les règles. Une plage inconnue où se côtoient souvent tristesse et colère, désespoir et culpabilité, ainsi qu’une terrible sensation d’abandon…

Des cris perçants me tirèrent de mes pensées. C’était ma belle mère qui venait d’entrer dans ma chambre.

– As-tu lavé la douche ? La cuisine ? La chambre ? As-tu fait la lessive et la vaisselle ? Je suis sûre que non ! Pourtant, tu es là, à penser ! Tu penses encore à ta mère ; c’est ça n’est ce pas ? Ta mère n’est plus hein et tu ferais mieux de t’y faire ! Elle est morte ! C’est fini, elle ne reviendra plus ! Ne nous tue pas aussi et viens préparer le déjeuner petite effrontée ! lança t-elle alors que mes larmes coulaient le long de mes joues.

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Cet article a été écrit par Fatim Tembely

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Comments (3)

  • KABA Kouda 11 juin 2013 à 13 h 46 min

    Très émouvant!!! Un gros soupir s’est échappé à la fin de la lecture… Bravo

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  • Heidi 18 juin 2013 à 10 h 08 min

    Ma foi, que dire?!
    « J’ai mal maman, c’est dur sans toi. »
    « Maman, si par le pur des hasards tu m’entends, je t’en prie, je t’en supplie, je t’en conjure, je t’implore, apparais moi en rêves. »
    En fait, au bout de chaque ligne, que de frissons, que de peine, que d’amour, que de tendresse.
    Je ne me lasse pas de lire la lettre et d’être émue, c’est une admirable lettre.
    Si je puis me permettre, j’aurais conjugué le retour à la réalité au présent « Des cris…chambre. »pour encore mieux traduire la brutalité de l’apostrophe de la belle-mère.

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  • Kitchin
    kitchin 28 juin 2013 à 15 h 53 min

    Ton texte m’a volé quelques goutelettes de larmes dont je suis tant avare. J’ai frissonné a chaque ligne de ton texte. l’amour, l’amour, l’amour , rien que l’amour se degage de ce récit. Chapeau. Aussi je trouve que l’apparition de la belle mère casse un peu , elle vient mettre une barrière dans le flot d’amour qui parcours le texte. Ton récit à mon avis sera plus mieux en excluant le dernier paragraphe. Bravo encore,

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