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Suzaku Fumiko

ET POURTANT IL FERAIT SON BONHEUR…

février 21, 2013 7:51 Publié par

L’air était extrêmement sec sur la plage de Grand-Bassam. En cette fin du mois de décembre, l’harmattan était d’une rudesse étonnante pour une ville du littoral. Amah traversait à pied le pont de la victoire qui reliait le quartier France au reste de la ville. La journée avait été passablement bonne. En dépit de la concurrence et du climat peu favorable, elle était parvenue à vendre toutes ses bouteilles de Bissap et de jus d’orange aux quelques courageux qui s’étaient aventurés à passer une journée à la mer malgré l’harmattan. Mais la jeune femme n’était point satisfaite de la recette du jour. En fait, elle n’était pas satisfaite de la vie qu’elle menait tous les jours. Contrainte d’arrêter ses études à la mort de ses parents, la jeune femme avait, depuis cette tragédie survenue 7 ans plus tôt, emménagé avec sa tante Sogona. Elle avait alors enchainé les petits commerces 

Tous les matins, c’est la mort dans l’âme qu’elle quittait la petite chambre qu’elle partageait avec Sogona, sa tante, pour se rendre sur les plages de la cité balnéaire. Elle enviait fortement les filles de son âge qui, aux bras de jeunes hommes profitaient allègrement du soleil et des balades dans le sable fin de Bassam. La vie qu’elle désirait, c’était celle-là. Vendre des noix de coco ou des bouteilles de jus de fruit, ce n’est pas ce dont elle rêvait. Tout était si fade, si morose autour d’elle, et cette soirée n’échappait point à cette situation. Amah n’était plus loin de son « taudis », comme elle aimait l’appeler quand, une douce voix masculine l’interpella. Malgré la pénombre, elle était parvenue en se retournant à reconnaitre le père Ambroise, le curé la Paroisse, qu’elle avait cessé de fréquenter. Ce dernier, qui lui avait donné son baptême était très lié à Amah depuis la disparition de ses parents. – Ma fille, je ne te vois plus aux cultes. Je demande prend souvent de tes nouvelles auprès de ta tante. Tu es baptisée, tu dois être un exemple pour les jeunes de ton âge. Tu dois les amener à rejoindre le chemin de Dieu alors pourquoi t’en éloignes-tu ? Amah, quelque peu agacée par les propos du prélat baissa les yeux et se contenta de répondre, « je viendrai au culte ». -Quand viendras-tu ma fille ? Le temps ne nous appartient pas, Dieu en est le seul maître. -Mon père, comprenez-moi je suis très occupée. Entre les travaux à la maison et mes journées sur la plage je n’ai pas beaucoup de temps. – Tu dis que tu es très occupée par ton travail. Mais que feras-tu si Dieu ne te donne plus la santé nécessaire de pouvoir marcher ? Comment travailleras-tu ? Rien n’est plus important que la prière ma fille, rien. Amah se retenait pour ne pas jeter au visage de cet homme ennuyeux combien elle était déçue de « son Dieu ». Mais, consciente que l’homme jouissait auprès de sa tante d’une grande estime, elle ravala son envie et prit congé de lui non sans lui promettre qu’elle viendrait au culte dimanche. La jeune femme à son arrivée à la maison s’affala directement dans son matelas posé à même le sol. Le regard figé sur son plafond où des lucioles s’adonnaient à quelques parades nuptiales, elle se mit à rêver de ce qu’aurait été sa vie si et seulement si elle était riche. Bijoux de luxe, appareils de dernières technologies, voiture et pour couronner le tout, un beau jeune homme avec qui elle pourrait marcher main dans la main dans le sable mouillé comme le faisaient ces jeunes clientes qui lui parlaient toujours avec mépris. Mais, tout ceci, elle ne l’aurait sans doute jamais. Elle finit par s’endormir avec une larme au coin de l’œil. Quand Amah rouvrit les yeux quelques heures après, elle poussa un hurlement qui démontrait la puissance insoupçonnée de ses cordes vocales. Sous ses yeux, éparpillés sur le sol, il y avait des richesses à profusion. Billets de banque, or, argent, diamants semblaient avoir remplacé les grains de sable qui la raccompagnaient fidèlement chaque soir. Dieu avait entendu ses prières. Elle aurait enfin tout ce qu’elle voulait. Sans se soucier de la provenance de toutes ces richesses, Amah se jeta face contre terre pour les ramasser jusqu’à la dernière pierre. Mais là encore, surprise, elle peinait à prendre dans sa main les objets sous ses yeux. Ses doigts, tous les dix, avaient eux aussi changés. Ils avaient tous la même taille. Plus de pouce, d’index, encore moins de majeur. Amah avait des doigts identiques. D’abord étonnée, la jeune dame se reprit et sans chercher à comprendre ce qui lui arrivait ramassa tout ce qu’elle pouvait et fonça dehors, pour s’acheter rapidement ce dont elle avait toujours rêvé, comme si toutes ces richesses allaient fondre comme neige au soleil. Dehors, c’était l’hystérie. Il y avait sur le sol encore plus de richesses. Les billets de banque pleuvaient et étaient si nombreux dans le ciel qu’ils masquaient la lumière du soleil. Toute la ville, comme déchainée se battait. Enfants, vieux, jeunes femmes, hommes, tous ramassaient autant qu’ils pouvaient ces richesses tombées du ciel. Amah se jeta dans la cohue. Elle avait repéré un énorme diamant auquel personne ne semblait s’intéresser. Elle allait se baisser pour le ramasser quand, sortie du néant, une voiture la percuta avec une violence extrême. La jeune dame s’écroula, complètement sonnée. Le véhicule avait continué sa folle course et personne ne se souciait du sort d’Amah. Dans la mêlée, elle voyait M. Konan, le médecin de l’Hôpital Général lutter de toutes ses forces pour une pépite d’or. Elle sentait que son corps se vidait de son sang, elle appela avec le peu de force qu’elle avait, le médecin. Celui-ci ne semblait pas l’entendre, préoccupé qu’il était par la pierre précieuse. Personne ne s’approchait d’elle. Elle utilisa les quelques billets d’Euros et de Dollars qu’elle avait solidement serrés entre ses doigts identiques pour essayer d’arrêter l’hémorragie qu’il y avait à l’arrière de son crâne. Amah souffrait atrocement et sentait son souffle de vie s’étioler. Les bruits autour, ses oreilles ne les percevaient plus. Elle allait mourir et en était convaincue, étalée dans un amas de richesses qui ne lui avaient pas sauvé la vie. Puis, elle sentit une main lourde la remuer dans tous les sens. Elle ouvrit subitement les yeux. C’était sa tante Sogona qui se dressait devant elle. Elle était dans sa chambre, couchée sur son vieux matelas. Le sol était couvert de sable de mer. Elle venait de faire un rêve. Jamais de sa vie, Amah ne fût autant heureuse d’entendre sa tante lui hurler qu’elle était en retard pour la plage. Elle sortit de la maison en sifflotant. Amah venait de comprendre que tous ne pouvaient être égaux et que seule la pauvreté donne un sens à la richesse. Elle se promit à elle-même de ne plus jamais envier personne.

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Cet article a été écrit par Suzaku Fumiko

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Comments (4)

  • SAS
    sas 21 février 2013 à 10 h 52 min

    Belle leçon quant à nos conceptions des richesses matérielles . Il me semble modestement qu’une répétition se soit par erreur ou faute de frappe glissée: Ligne 23. Une question à l’auteur s’il me le permet: »Tous ne pouvait être égaux » (avant dernière ligne), signifie l’impossibilité d’une richesse égale pour tous, ou l’impossibilité de l’idéal d’égalité sociale/sociétale?

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  • Suzaku Fumiko
    Suzaku Fumiko 21 février 2013 à 19 h 43 min

    l’égalité ne doit même pas être à mon sens un idéal pour le bon fonctionnement des choses, il faut qu’il y ait des grands et des petits

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  • Licka choops 23 février 2013 à 11 h 15 min

    c’est la loie de la nature hein! belle manière de traduire cette vérité! moi j’ai aimé cette phrase  » mais que feras tu si Dieu ne te donne plus la santé necessaire pour marcher » je me suis vu dedans merci

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  • Sylvain Lefrancet 4 août 2016 à 14 h 20 min

    Beau texte mais j’ai du mal à rattaché le titre au contenu…J’ai l’impression qu’elle ne reflète pas le texte. Je suggère : belle leçon de vie ou le rêve libérateur, ……Bonne continuation.

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