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DU RÊVE A LA RÉALITÉ PARTIE (2)

décembre 11, 2012 12:56 Publié par

Elle resta interloquée devant son bureau un instant, avant de retrouver ses esprits. Elle passa de l’étonnement à la colère devant l’attitude de M. Nobou  qui lui avait tout de même inspiré quelque sympathie jusqu’à ce qu’il sorte cette bourde.

« Mais, pour qui se prend-il ce goujat, et intellectuel pour 2 sous ? » pensa-t-elle.

Ses sentiments passèrent de la colère à la déception puis à la tristesse. Elle prit congé de l’assistante du Directeur avec promptitude, rejoignit d’un pas rapide le hall puis la sortie et héla  un taxi.

« Encore une fois victime de mon héritage génétique, il n’avait aucune gêne ce monsieur. En plus qu’est-ce qu’il était cru ! ».

Elle n’avait qu’une envie,  rentrer à la maison et s’enfermer dans son cocon… Elle sentait le pas traître de la boule de tout à l’heure se hâter dans sa gorge. La sonnerie de son téléphone portable la tira de ses pensées, l’écran affichait  « doudou », elle n’eut pas la force de décrocher.

Une fois dans sa chambre, elle eut le loisir d’exprimer sa déception. Tandis que les larmes irriguaient ses pommettes et ses joues, la source que constituait la tristesse qu’elle  ressentait, elle, s’asséchait.

Il était 17h30, doudou  passait la récupérer dans une heure et demi, pour le dîner prévu à 20h. En effet, Assi jeune cadre de banque, avait rencontré Ornella lors d’une sortie détente organisée par l’entreprise sur Bassam. Il était coordinateur avec son ami et collègue Frédéric. Ce dernier était venu, accompagné de sa nouvelle conquête Raïssa. C’est connu, en Côte d’Ivoire on a parfois droit à deux filles pour l’invitation d’une. Raïssa avait insisté pour faire venir Ornella, histoire de lui changer un peu les idées.

Raïssa et Ornella se sont rapprochées grâce à leurs parents, mais ce n’était pas la très grande amitié, elles s’entendaient bien mais Ornella n’appréciait pas toujours l’attitude de « Raï » qui usait bien souvent de ses charmes pour arriver à ses fins, mais la fin ne justifie-t-elle pas les moyens?

La vision de cette belle jeune fille calme et esseulée pendant que tout le monde faisait la fête interpella Christ Emmanuel. Il entreprit de l’aider à se mettre dans le bain des festivités. « Que faites-vous là toute seule ? » lui avait-il demandé

-Euh…Qui êtes vous déjà ? fit elle sur un ton à la fois emprunt de méfiance et d’exaspération. Ce n’était pas le premier qui l’abordait depuis le début de la soirée. Mais curieusement, elle trouvait cet interlocuteur charmant.

-Pardonnez mon impair, je suis Christ Emmanuel pour vous servir, lâcha-t-il avec une pointe d’humour. Si je dérange… Tout en restant avenant, il étouffa le reste de la phrase.

-Je n’ai pas voulu être désagréable, répondit-elle. En fait je ne connais pas grand monde ici, je suis venue sur proposition, que dis-je ? obligation d’une amie, Raïssa qui a d’autres chats à fouetter  que de faire du babysitting avec moi, lâcha Ornella faussement énervée  avant de poursuivre.

« Tiens, la voilà qui arrive ».

Elle se demandait tout de même pourquoi elle était si bavarde et si familière avec cet inconnu.

-Ah je vois que tu es en bonne compagnie, et moi qui m’inquiétait ! fit Raïssa. ça va notre Christ à la peau noire?

Elle posa  simultanément un bisou sur la joue de ce dernier qu’elle connaissait bien grâce à Frédéric.

-C’est ça…comme si tu avais l’intention de me tenir compagnie. Fêtarde va! Mais attends, vous vous connaissez?

Raïssa ne se fit pas prier pour faire les présentations qui ressemblaient fort à un arrangement… La présentation n’avait pu se faire plus tôt en raison du retard de Christ occupé à régler les derniers détails pour la sortie. Et Dieu seul sait qu’il y en a toujours plus au dernier moment…Durant la soirée et pendant les moments où le quatuor se retrouvait, Raïssa cachait à peine son envie de voir Ornella et Christ former un couple. C’était des « vous irez bien ensemble » ou des « ah vous avez pas mal de points communs » qu’elle lâchait sous le regard furieux de son amie.

Cependant, Ornella et Christ Emmanuel  avaient déjà sympathisé. L’étrange assurance que l’on ressent lorsqu’on a est frappé par la foudre, était née de cette belle amitié. Elle a  ensuite fait sa mue pour revêtir la peau de l’amour. Et aujourd’hui, cet amour court toujours, aussi beau, sinon plus, qu’hier.

***

-Ma puce ? Ma puce ?

-Je suis là papa!

Son père venait de rentrer de sa visite. Il aimait passer son temps libre, donc presque tout son temps de retraité inactif chez tonton Philémon, le père de Raïssa. En plus ils habitaient des maisons, à une dizaine de pas l’une de l’autre.

-Sais-tu que  Raïssa vient de signer son nouveau contrat dans la nouvelle banque ‘GOLD BANK’ »

-Oui oui, elle m’en a parlé lors de son dernier appel téléphonique… Hier, je crois bien. De toutes les façons, je savais qu’un ami à elle devait déposer ses dossiers dans une nouvelle banque… Je dois passer la féliciter tout à l’heure.

-Tu pourras lui proposer tes dossiers, sait-on jamais… A propos comment s’est passé ton entretien, dis-moi ? Tu sais qu’il est curieux ton vieux père, hein ?

– Si tu veux. Euh euh…concernant l’entretien, c’était plutôt bien, on me recontactera, m’a-t-on dit, répondit-elle sans conviction.

– j’ai un bon pressentiment ma fille, t’inquiète pas, viens là mon ange.

Il la serra dans ses bras «  tu es une femme maintenant, comment va ton fiancé Christ ? Tu dois être présentée à sa famille ce soir, c’est ça ? »

-oui, je comptais te le rappeler mais tu as bonne mémoire ! Ils n’ont eu du temps libre que ce soir. Tu connais les gens riches, papa, toujours occupés pour de vrai ou pas. Heureusement que Christ n’est pas comme ça. Sur ces paroles, elle esquissa un sourire simulé.

-bon file maintenant voir Raïssa. Tu dois être de retour à temps pour te préparer. Tu sais que je  n’aime pas le retard.

-j’y vais, j’y vais!

Ornella plaça dans une chemise cartonnée rose clair, une copie de son CV et des copies certifiées conformes à l’original de ses diplômes en poussant un long soupir.  « Peine perdue, mais bon, contentons le très cher papa».

-Bonsoir tonton!

-Comment tu vas ma fille, répondit Philémon

-Je vais bien merci. Et Raï ?

-Dans sa chambre

Elle se dirigea vers la pièce.

-Toc toc,  je peux entrer ?

-Bien sûr ! Prends place ! fit Raïssa en indiquant à Ornella le bord de son lit. Quelque chose à boire?

-Non merci. Je viens de la maison donc… Tu l’as eu enfin ce nouveau boulot ! Tu as eu beaucoup de chance. Félicitations ! Christ m’avait parlé du poste mais il ne concernait pas mon secteur d’activité.

Un petit air de jalousie s’était insidieusement dissimulé dans ses paroles.

-Je te l’avais bien dit ma chère. Mais je dois te dire que j’ai offert plus que des diplômes pour avoir ce poste si tu vois ce que je veux dire. Un clin d’œil avait suivi la fin de la phrase. Mais motus et bouche cousue sur ce que je viens de te dire hein.

-Bien sûr ! dit Ornella en sachant que cette consigne, Raïssa elle-même serait la première à y désobéir.

Raïssa était adorable. Cependant son exubérance  et  son indiscrétion constituaient une facette  de sa personnalité que Ornella n’appréciait pas beaucoup. Elle dévoila le secret de l’obtention de ce nouveau poste à celle qu’elle aimait appeler sa jumelle. Elle savait aussi qu’elle ne serait pas la seule à être mise dans la confidence. Elle prit congé de son hôte en lui laissant la chemise cartonnée rose contenant son dossier de candidature juste pour la forme. Elle n’avait pas envie de travailler dans la même entreprise que son fiancé.

Ornella n’appréciait guère la façon de fonctionner de Raïssa mais elle se disait maintenant que sa trop grande pudeur la perdrait. Son père l’aimait mais il n’était plus tout jeune. De plus, ses crises d’hypertension  fragilisaient sa santé. Les  soins épuisaient la quasi-totalité de ses économies de retraité, il y avait donc urgence. Elle ne voulait pas accepter de l’argent de son fiancé, c’était tout récent. Ses problèmes financiers  auraient pu le faire fuir. Il lui donnait juste de l’argent de poche et cela lui allait bien. Mais elle, Ornella, avait besoin de beaucoup plus : son autonomie financière et une carrière professionnelle au-delà d’un « j’ai l’honneur ». Cet après-midi-là, elle rentra chez elle la tête pleine de pensées et d’interrogations, le cœur lourd et meurtri. Le regard vers le ciel, elle se demandait si Dieu ne l’avait pas abandonnée.

De retour chez elle, elle fit le point à son père. Il était maintenant 18h30. Avant de prendre sa douche, elle ouvrit son sac et en sortit la carte de  M. Nobou.  « Après tout personne n’en saura rien » pensa-t-elle tout en composant le numéro personnel inscrit au dos du papier à partir de son téléphone portable, un cadeau de son fiancé. A la vue de l’appareil, elle eut un regain de conscience qu’elle s’empressa de balayer.

-Allo, M. Nobou ? C’est Mlle Kauphy.

-Oui Oui, la perle de ce matin!

-Comme je vous déteste ! se retint-elle de dire. J’accepte votre proposition. Votre heure et votre lieu seront les miens. fit-elle machinalement comme si le fait de parler plus calmement et plus lentement l’aurait empêché d’aller au bout de son idée.

Vieux pervers, goujat, je ne vous céderai jamais, c’est ce qu’elle aurait souhaité dire mais…elle se retint

-Très bon choix. On dira demain à 16h, je passe vous prendre au café théâtre «  bon temps » de la Riviera 2 à 14h.

-Entendu, à demain. Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’il avait déjà raccroché après avoir fixé le rendez-vous. Décidément, ce Monsieur n’était pas un exemple de bonnes manières.

***

 -Nella ? Nella ? Debout mon ange !

Elle se leva brusquement, c’était impossible, seul son père l’appelait par ce diminutif. Elle alluma sa lampe de chevet…se palpa, l’air de voir si elle était bel et bien là. Elle n’avait jamais été aussi heureuse d’être dans sa chambre quoique loin du luxe d’une chambre d’hôtel. Elle avait tout simplement rêvé ! Tout simplement… Décidément, cet entretien lui prenait vraiment la tête. Elle avait entendu parler de M Nobou et le moins que l’on pouvait dire c’est que c’était un directeur commercial respectable et respecté. Il avait bonne presse. De plus MINITEL était une entreprise sérieuse avec un profil de poste  préétabli qui conduisait chaque recrutement. D’autre part, le dîner avec Christ et sa famille était prévu pour le lendemain.  « Eh ben, les rêves sont toujours exagérés!» se dit-elle.  Elle se mit à rire d’elle-même…« Merci papou, je t’aime ! » cria-t-elle en guise de réponse.

Elle regarda promptement son réveil cassé qui n’en était plus un, elle avait encore une heure pour se préparer. Ce fut un sprint et en moins de temps qu’il ne le fallait, elle était fin prête. Vêtue de son tailleur noir Guess par-dessus un chemisier blanc sans manche Mango blanc et ses escarpins  blancs Aldo, un sac noir en toile lancel au bras. Les cheveux relevés en chignon sur la nuque… Un dernier  coup d’œil dans la glace et elle se trouvait parfaite.

« Bonne chance ma fille » fit son père.

Elle avait une sensation de déjà vécu…le rêve de la veille!  Pourvu que la fin ne soit pas la même »se dit elle intérieurement en éclatant de rire de sa trop grande imagination.

« On ne passe pas comme ça d’un rêve à la réalité aussi facilement à moins qu’il ne s’agisse d’un rêve prémonitoire. »

Dans le taxi sur le chemin vers MINITEL, le lieu où se déroulait la troisième et dernière étape de son entretien, son téléphone sonna.

« Tiens le numéro de MINITEL ».

Elle prit l’appel.

-Bonjour, Mlle Khauphy ?

-Oui, fit-elle

-C’est M.Nobou, Directeur Commercial à MINITEL.

-Enchanté M…

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’il continuait déjà.

« Passez directement à mon bureau lorsque vous serez là. J’ai donné des instructions fermes  à mon assistante en ce sens. Je vous y attends…personnellement et surtout avec beaucoup d’impatience »…

La bouche entrouverte et le regard incrédule, Ornella laissa le combiné choir de ses mains.

FIN

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Cet article a été écrit par Bee

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Comments (3)

  • Kitchin
    kitchin 11 décembre 2012 à 13 h 39 min

    Moi, j’ai aimé vraiment la partie 2. Faire tout cet étalage qui en vraie n’était qu’un rêve de Ornella. serieux i like it, on s’attend à tous sauf ça, et ça n’as pas l’air d’un dèjà vu , j’ai A DO RE

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  • Shannen Rimphrey
    Shannen Rimphrey 13 décembre 2012 à 12 h 51 min

    J’aime bien le style rêve prémonitoire… sa me plait! très original comme texte.

     Reply
    • bee 16 décembre 2012 à 21 h 01 min

      Merci beaucoup à vous!j’espère vous accrocher encore plus avec d’autres nouvelles.à bientôt!

       Reply

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