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DU REVE A LA REALITE (1)

décembre 8, 2012 4:22 Publié par

Ornella était couchée sur son lit, la tête entre les deux mains…des sillons de larmes parcouraient son visage. Elle avait les yeux rouge sang, d’avoir donné de leur liquide à l’abus. Ses diplômes étaient exposés sur son lit comme au vernissage d’une galerie d’art.

Fort heureusement, son père n’était pas à la maison, auquel cas il se serait inquiété de l’entendre et de la voir ainsi pleurer, il était en visite chez tonton Philémon, avec qui il passait son temps libre de retraité.

***

Ornella était une graine de génie, avec  la mention « Bien » elle avait obtenu son Master en marketing commerce et communication, doublé d’un diplôme de sciences politiques et sociologie. Bilingue, elle était de ceux qui en plus d’aimer la langue de Shakespeare la savait incontournable dans le monde des affaires. Bien qu’issue d’une famille très modeste, son intelligence avait attendri plus d’un généreux donateur ou facilité l’obtention d’une bourse d’étude à l’étranger. Elle était revenu au pays en raison des problèmes de santé de son père, elle était rentré pour prendre soin de lui et assister à ces derniers jours si toutefois il venait à aller rejoindre sa mère. A 25 ans, elle n’avait jamais arpenté le long chemin de la vie professionnelle, ce n’est pas faute d’avoir essayé…La formule elle la connaissait maintenant par cœur  « Mademoiselle, votre CV est remarquable mais il y’a certaines conditions que vous ne remplissez pas, nous vous recontacterons si votre profil est en phase avec un éventuel poste à pourvoir ».

Ce mercredi 18 avril 2011, elle avait mis son plus beau tailleur à la suite du coup de fil de la société de télécommunication MINITEL, une des nombreuses entreprises  qui  avait reçu son CV pour le poste de Responsable marketing et communication. Elle avait passé les étapes préalables les doigts dans le nez, et il fallait maintenant rencontrer le Directeur commercial. Il avait tenu à rencontrer la future nouvelle recrue avant la signature de son contrat d’embauche. Le ciel de sa joie était couvert de quelques nuages sombres d’appréhensions, elle s’interrogeait en effet sur la raison de cette entrevue.

Son tailleur Guess  bien ajusté, un chemisier blanc sans manche marquant la taille, des escarpins Aldo blancs et un sac noir en toile Lancel, elle se sentait fin prête. Ces vêtements, c’est son généreux fiancé qui lui en avait fait don, il fallait qu’elle présente bien. Un tour sur elle-même devant sa glace dans sa chambre, elle était satisfaite du résultat. Dans une situation pareille, ses pensées partaient toujours inévitablement vers sa mère qui trop tôt l’avait laissé seule pour rejoindre les cieux, elle fille et enfant unique de cette famille amputée d’un membre. « Papa, comment tu me trouves ? » le questionna-t-elle.

-tu es magnifique ma fille, je suis fière de toi, comme tu ressembles à ta m…

-mère ? Merci ‘pa, coupa-t-elle avec un sourire cache-tristesse. Je connais la chanson… C’est important que je présente bien et je pense que c’est le cas dans cette tenue. On n’a jamais une seconde occasion de faire une première bonne impression !

-bonne chance ma fille ! dit son père en la regardant prendre place dans le taxi

Ornella était effectivement belle. Même si dans les yeux d’un père, chaque enfant est l’unique creuset  de beauté et d’intelligence, la beauté de Ornella était l’une de ces rares beautés à faire l’unanimité. Elle avait une classe naturelle.  Plein de charme son regard avait la profondeur et  la candeur de celui  d’un nouveau-né, le nez aquilin et des lèvres pulpeuses point plus qu’il n’en fallait. Son ascendance lui avait laissé en héritage ce joli teint de quarteronne couleur caramel et une belle chevelure marron aux reflets dorés suite à une coloration.

C’est bien cette beauté qui était la cause de son « malheur », tous les précédents entretiens s’étaient soldés par des demandes indécentes de la part de ses futurs employeurs. Elle se disait que ceci était réservé aux médiocres ou adeptes de la vie facile ou les gens de cet acabit, mais elle Marie,  avait des diplômes et méritait aisément  son poste. Elle déplorait cette attitude immorale. Ses diplômes passaient en second seulement parce qu’elle était belle…Plus elle y pensait, plus elle avait cette boule félonne dans la gorge, sa frustration était grande… Elle avait tellement de choses à prouver ! Le monde de l’emploi était bien difficile pour la gente féminine. Pourquoi les hommes pensaient tous avec le dessous de leur taille ? Tous les hommes à l’exception de Christ Emmanuel Assi, son fiancé, chef d’agence à la banque des affaires : la BA. Il a essayé de lui trouver du  travail mais le tissu socio-économique était difficile à intégrer et la situation ces dernières années était allée en se détériorant en Côte d’ivoire. De plus même les connaissances de son fiancé n’échappaient pas au charme dévastateur de  Ornella, se laissant aller à des propositions indécentes également. Pour éviter d’en faire un tollé, elle n’en parlait jamais à son fiancé, ni à qui ce soit d’ailleurs et elle tentait tant bien que mal de rester optimiste.

En plus ce soir, c’était le grand soir, elle serait présentée à la famille de son fiancé et elle espérait avoir cette bonne nouvelle à annoncer à son doudou…

« Ornella, ce jour est le tien », se disait-elle intérieurement pour se redonner du courage, dans cette entreprise, c’est ta beauté intellectuelle que l’on mettra en avant.

Les pensées lointaines douloureuses et profondes, elle ne perdait tout de même  rien de sa superbe et évitait de laisser son corps trahir sa nervosité intérieure par une quelconque expression corporelle. La jambe droite posée sur la gauche, le buste droit et le regard fixe, elle attendait depuis maintenant 30 minutes dans le hall de MINITEL. Le pas cadencé mais gracieux elle se leva lorsqu’elle s’entendit dire. «  Mlle Khauphy? Vous pouvez rejoindre la mezzanine, la première porte sur votre droite, M. Faustin Nobou vous y attends ».

– Merci, répondit elle la voix ne laissant transparaître aucune émotion.

De trois coups secs, elle frappa la porte, « Oui, vous pouvez entrer ! »

Elle s’exécuta et entra dans le bureau de M. Nobou. « Bonjour Monsieur » prononça-t-elle d’une voix calme. D’un regard elle balaya la salle. Le bureau était spacieux, dans les tons alternativement clairs et sombres. Un joli contraste, pensa-t-elle. Mais il y’avait tout de même quelque chose d’austère, d’intimidant, à l’image de son occupant. Les rideaux étaient de couleur marron bois,  ouverts pour laisser filtrer juste ce qu’il fallait de clarté naturelle. L’air conditionné rafraichissait la pièce, un peu trop à son goût de frileuse. Il n’y avait que trois fauteuils, le plus imposant portait le seul occupant de la pièce avant son arrivée.

C’était un Monsieur d’un certain âge, élégant au port de tête remarquable dans son costume sur mesure gris foncé, il n’avait pas encore levé les yeux, absorbé par la signature de quelques documents. Ornella se tenait debout devant lui attendant une invitation à s’asseoir avant d’occuper le siège devant elle, règle de savoir-vivre oblige. Après quelques minutes qui parurent durer une éternité pour elle, il leva mécaniquement les yeux : « Bonjour Mlle,Vous êtes encore debout? Prenez donc place ». fit-il avec froideur pour répondre à sa salutation.

Dix minutes après l’entrée de Marie, M. Nobou sortit enfin le nez de ses documents et d’un geste machinal, poussa la pile de documents sur le côté gauche de son bureau et les dégagea de son champ de vision. Elle vit son visage passer de sévère et fermé à accueillant. Il ôta furtivement ses lunettes Paco Rabanne, aux bordures noires. Il la dévisageait  avec insistance. Pendant les quelques minutes de cet examen, elle voulut s’enfuir en courant tant sa gêne était grande. Il se racla enfin la gorge, avant de dire  « Mlle, Khauphy, c’est bien ça ?»

– oui, fit-elle

– Vous voyez, vous avez été retenue pour occuper le poste à pourvoir.

Il poursuivit « j’ai voulu vous voir personnellement et je dois avouer que j’ai été bien inspiré de le faire. Votre photo sur le CV qui m’a fait l’effet d’un électrochoc tant vous y êtes belle n’est qu’une pâle copie de vous en vrai, vous êtes époustouflante » ;

-merci Monsieur; fit elle tout en se demandant la raison de lui faire de tels compliments en pareille circonstance.

– pour plus tard les compliments, mon p’tit…Je vous veux dans mon lit avant . Je ne fais pas dans la suggestion ni dans la subtilité, je vous dis les choses comme je les ressens, comme elles doivent être dites, sans ambiguïté ni faux-fuyants hypocrites. Vous méritez amplement votre place mais vous connaissez notre monde du travail. Je vous laisse jusqu’à demain pour y réfléchir, voici ma carte, bonne journée à vous.

Il lui remit dans le même temps sa carte professionnelle avant de lui indiquer la sortie…

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Cet article a été écrit par Bee

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Comments (6)

  • Shannen Rimphrey
    Shannen Rimphrey 8 décembre 2012 à 17 h 55 min

    triste réalité mais tellement véridique dans ce pays!

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  • Josya Kangah
    Josya KANGAH 8 décembre 2012 à 23 h 54 min

    FRANCHEMENT REVOLTANT

     Reply
  • kitchin 10 décembre 2012 à 11 h 19 min

    bien écrit, triste réalité dans le monde du travail . on pouvait prevoir ce qui s’est passé, moi j’aurais aimé être supris, dephasé, dire, mais elle nous a eu quoi! vivement la deuxieme partie

     Reply
  • bee 10 décembre 2012 à 22 h 54 min

    Merci, j’espère que la suite correspondra à vos attentes 😉

     Reply
  • PFK 31 décembre 2012 à 19 h 00 min

    Elle s’appelle comment, notre personnage? Ornella ou Marie????
    Sinon, c’est bien écrit. J’ai vraiment aimé. Bravo!!! Me dépêche de lire la suite

     Reply
    • bee 31 décembre 2012 à 19 h 04 min

      Ornella…Merci pour la remarque, c’est une grossière erreur de ma part,désolée…

       Reply

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