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Kitchin

DEUX POUR UNE LETTRE

mai 28, 2013 12:00 Publié par

Nous sollicitons de votre très haute bienveillance, nous espérons que vous le serez, la prise en compte pendant votre mandat, si jamais mon peuple vous délègue pour diriger sa destinée.

Les civilités m’obligent, cher futur Maire, Député, Président… à vous faire ma présentation. Bien sûr si vous me le permettez, car je me défends de ridiculiser votre autorité, celle-là même que mon peuple souverain vous a confiée. Défier donc votre autorité reviendrait à défier le peuple souverain, devant qui nous sommes tous sujets, y compris vous. Je m’appelle Coulibaly Fousseny…

Je ne suis pas panafricain car notre passé commun nous a démontré combien de fois ce concept a été dépouillé de son sens naturel pour laisser place au nationalisme, à l’anarchie, au despotisme, à la monarchie avortée…

Combien de fois au nom du panafricanisme, mon peuple a été vidé de son sang par des avides du pouvoir ?Combien de fois dans les rues de Dakar, mon peuple a dit non à l’ambition avortée du système monarchique de celui qui se prétendait panafricain et républicain ? Combien de fois sur la terre d’ « Éburnie », le sang du peuple souverain a coulé au nom de la défense de cette idéologie qui a été, à mon sens, mal interprétée, mal défendue… ?

Eh oui ! Combien de fois des putschs ont été justifiés au nom du panafricanisme, Combien de fois, l’armée aux ordres du général a tiré sur le peuple de Conakry pour la protection, la défense d’une certaine constitution ; justifié cette barbarie car disait devoir se dresser contre le nouveau pseudo impérialisme avec un esprit panafricain machiavélique ?

Je ne suis pas un révolutionnaire, je suis plutôt pour un système « évolutionnaire ». Parce que je considère que nous avons déjà des acquis dans tous les domaines. Il faut donc les faire évoluer. En outre, le retour d’expérience que nous avons des révolutions à travers le monde m’amène à prendre de la distance, car toute révolution non maîtrisée conduit à l’anarchie et au totalitarisme. Je ne suis ni pour l’Ouest ni pour l’Est. Je suis un homme libre, je suis un « évolutionnaire ». Je ne suis pas Voltaire pour mettre par terre votre autorité. Je ne suis pas Rousseau pour mettre dans le ruisseau votre nez. Je n’ai pas le talent de Senghor pour parler et écrire « la langue de Molière » comme bon me semble. Je n’ai pas le caractère de Fidel Castro à être fidèle à une idéologie qui ne marche pas. Je n’ai pas l’intelligence d’Albert Einstein pour imaginer que : E=MC². Je n’ai ni la chance ni l’éloquence d’Hussein OBAMA qui a pu convaincre et rallier une Amérique raciste à sa cause. Je suis un homme libre qui ne veut que le partage social. Je suis un témoin oculaire de ce que mon peuple vit.

J’aurais appris que vous courtisez mon peuple pour le servir. Je crois savoir que vous êtes conscient de la tâche qui vous attend. Loin de mettre en cause votre honnêteté, seulement le retour d’expérience que nous avons eu sur vos prédécesseurs m’amène à être prudent. Ils avaient promis la pluie et le beau temps à mon peuple. Pendant les campagnes électorales, certains avaient un discours peaufiné et adapté aux réalités car ils avaient compris la vieille chanson « des fossoyeurs du peuple » qui disait que pour convaincre le pauvre il faut lui dire ce qu’il a envie d’entendre même si on est de mauvaise foi. Ils savaient qu’ils n’avaient pas les moyens de leur politique. Ils voulaient plutôt avoir ces moyens pour leur politique de vie. Pour répondre à la question de la dégradation avancée de nos routes, « des hommes en costume noir » ont jugé bon de ne pas emprunter les mêmes chemins que mon peuple. D’autres, pour éviter le regard du peuple ont jugé bon de rouler dans de grosses cylindrées, vitres teintés noires. D’autres ne parlaient pas le langage de mon peuple. Certes ils venaient du peuple, mais ne vivaient pas avec le peuple.

Seul, Achille n’a pu gagner la guerre de Troie, malgré son génie de guerrier. Seul, je ne pourrai tout vous dire. En outre, l’encre de ma plume ayant commencé à sécher, si vous me le permettez, je vais prendre congé de vous et vous laissez converser avec celui-là même qui fait parler la plume. C’est l’essence même de sa caste : l’art de parler. Il saura mieux vous dire ce que je n’ai pas su dire. Nous avons des styles d’écriture différents, souvent drôles par moments, je vous conseille donc d’être attentif.

Par respect pour votre futur titre, pour la prochaine mission que vous seriez amené à jouer pour la bonne marche de notre commune, département, pays… en vue d’un destin commun meilleur. Je ne saurais creuser le trou de ma pensée sans vous dire ma haute considération, celle d’un sujet à son « maître », celle dont un sujet est redevable pour les bienfaits de son « roi ».

M. le futur Magistrat, Député, Président, le rêve du peuple déjà passé au peigne fin par mon ami, mon frère, je ne saurais vous en dire plus. Alors, cher Monsieur décryptez, lisez, relisez autant de fois que cela sera nécessaire votre programme de campagne pour circonscrire, délimiter les attentes de ce peuple qui n’a fait que trop attendre, qui n’a fait que trop demander, qui n’a fait que trop espérer, et voudrait chanter de joie à la fin de votre mandat plutôt que déchanter, crier de joie plutôt que de peine.

Monsieur, s’il vous plait, soyez celui-là qui restera dans les mémoires, celui-là dont les griots conteront les bienfaits à leurs enfants. À force d’espérance, de rêve, la vie de mon peuple, de mes parents devient peu à peu un rêve. Soyez Monsieur, celui qui mettra une trêve à ce feuilleton lacunaire et interminable qui court depuis des décennies. Les aspirations puériles, les envies enfantines étaient de devenir cadre, président, ministre, et parents et enseignants nous avaient soutenus, encouragés dans ce rêve honnête. Aujourd’hui avec plus de maturité, la vie nous a appris à la voir, à l’appréhender, à l’accoster autrement. Tous les rêves sont permis nous dit-on. L’expérience de mes parents, nos parents (ton peuple) leur fait affirmer avec amertume et vigueur que les rêves les plus fous doivent être l’affaire des fous, raison pour laquelle mes parents ne te demandent pas des rails de métro, ni des échangeurs à quatre voies, encore moins des McDonalds—halal ou pas ; ils laisseront ces exigences à des administrés se trouvant sous d’autres cieux.

Mon peuple, notre peuple, pas le vôtre Monsieur—car il nous appartient à tous, rêve juste du minimum vital, du peu qui permettra aux enfants d’aller à l’école, tous et convenablement, du minimum d’infrastructures sanitaires de base—qui évitera à dame Momlan d’aller rejoindre sa sœur Fatoumata qui a rendu l’âme il y a deux ans, faute d’accès aux services de maternité qui l’auraient sans doute sauvée, elle et ses jumeaux. Il aspire aussi au recul de l’indigence des conditions de vie qui permettra à nos pères de ne pas tous repartir au coté de Dieu à l’âge de 45 ans.

Nous, nous avons eu la chance, et quelle chance ! Cette chance d’avoir vu le jour dans cette commune, ce pays. Cette chance d’avoir grandi dans ces cours où la fraternité régnait, cette chance d’avoir à faire face aux dures réalités de la vie, cette chance d’avoir appris les mathématiques avant même l’école car cette commune, ce pays nous a appris à compter les uns sur les autres. Et tout ce que nous avons aujourd’hui, nous le devons à cette ville. Tout ce que nous aurons, sera sûrement la conséquence de tout ce qu’on aura reçu de cette municipalité, de notre pays.

Je veux tout simplement faire profiter à mes parents, mon expérience, partager avec les miens ce qu’ils m’ont donné. M. (X) vous serez bientôt à la tête, à la manette de notre commune, département, pays pour 5 ans. Je ne saurais vous laisser commencer sans vous rappeler quelques règles, non pas par arrogance, ni par irrespect car je ne doute point de votre maîtrise de ces règles.

Cordialement (Coulibaly et Kouyaté)

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Cet article a été écrit par Kitchin

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Comments (4)

  • Paul H 12 juin 2013 à 19 h 54 min

    Un si beau courrier mérite d’être publié.

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  • Kitchin
    kitchin 13 juin 2013 à 14 h 09 min

    Merci Paul H

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  • Heidi 18 juin 2013 à 8 h 36 min

    Belle lettre kitchin. Images et arguments sont convaincants et lucides. Mais pourquoi donc l’écriture à deux ? Et sauf erreur de ma part, à part la signature, on ne voit guère ce jeu d’écriture.

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  • Kitchin
    kitchin 27 septembre 2013 à 16 h 07 min

    HEidi, l’écriture à deux pour dire d’une certaine manière que les doléances du peuple sont telles qu’une seule personnage ne peut les dire, les supporter. Aussi c’est intentionné pour ne pas faire comme les autres.
    Le jeu d’écriture peut être n’es pas perceptible, mais sur le fond je pense qu’on voit deux personnes , deux auteurs différents.
    le premier avec plus de technique parle de façon plus générale alors que le deuxième est lui centré sur son peuple, plus root..

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