About Author

Famchocolat

DERNIERE SAINT VALENTIN

octobre 20, 2012 3:23 Publié par

Mon amour,

Quelles sont ces larmes qui ruissellent sur tes joues et frappent le sol avec autant de violence? Je t’avais pourtant promis que cette année, de nous deux, c’est moi qui ferais le cadeau le plus mémorable… Mais une fois encore tu ne m’avais pas crue !

Plus de dix années ensemble…

Je t’avais fait le sacrifice de tout, même de mes entrailles, simplement parce que tu n’avais jamais désiré d’enfant hors mariage et cela malgré l’immensité des sentiments que tu prétendais avoir pour moi. Je t’étais docile, comme un chien à son maître, je buvais tes paroles comme le miel doux de Korhogo. Tu avais réussi à m’infantiliser, au point que mes moindres décisions nécessitaient, au préalable, ton assentiment. Je ne me plaignais pas. J’aimais cette candeur que tu faisais éclore en moi. Je baissais la garde au seul son de ta voix.

Que de promesses ont jalonné notre parcours, la plupart, non tenues. Je ne devais rien lui envier à elle, vulgaire mère porteuse de cette progéniture dont tu étais pourtant si fier, ces deux héritiers qui devaient être les uniques semeurs de la lignée de tes pères.

Je t’aimais de mon amour innocent, coupable cependant de te partager avec une autre. J’ai été, tout ce temps, la femme de l’ombre, celle sur qui tu t’épanchais pour exprimer tes moindres détresses, ta conseillère dévouée. Ce privilège de ta confidence, renforçait en moi le sentiment que, si tu avais vraiment eu le choix, cela aurait été moi, Madame Toi.

Mais les choses étaient un peu plus complexes. Je devais donc me contenter de ces quelques moments d’intimités volés. J’étais prisonnière volontaire de toi.

C’est avec douleur qu’à Noël j’appris que ta dame, attendait un heureux évènement. Le sacre de votre amour qu’elle croyait si parfait, une trinité à constituer pour l’harmonie de la famille. Elle priait de toute sa foi de chrétienne pieuse, que le bon Dieu, par le Saint Esprit, lui accordasse une fille cette fois…

Devais-je me sentir catastrophée, lorsque l’horrible nouvelle nous parvint ce 1er janvier, alors que nous savourions tendrement nos premiers instants d’amour de l’année?

A te voir aussi anéanti d’avoir tout perdu, je compris brusquement que les mots que tu m’avais dits jusque là n’étaient que mensonges! A vrai dire, tu l’avais toujours préférée à moi, qui n’étais qu’un bouche-trou quand ton agenda offrait des créneaux vides.

Je ne me suis jamais réjouie de la mort brutale des deux garçons et de leur mère enceinte, dans ce terrible accident de la route… Mon cœur était rempli de compassion à ton égard, mais ce que tu voyais en moi c’était la cause de ton malheur! Le salaire de notre péché!

J’ai pourtant pleuré de mes larmes sincères, inconsolable que cet évènement vienne chambouler notre vie organisée. Je portais déjà le deuil de nos beaux jours.

J’étais devenue une pestiférée à tes yeux. Tu ne faisais que me refouler alors que mon seul souhait était de te soutenir, t’aider à alléger ta peine.

La semaine dernière, quelle ne fût ma surprise d’apprendre, de mon gynécologue, que germait en moi, depuis 2 mois, le fruit que tu ne m’avais jamais autorisé à porter. Comment était-ce possible? Pour toi, j’avais toujours pris mes précautions.

Jusque-là, j’avais associé mes coups de fatigue et mes nausées, à la mélancolie qui grandissait en moi, depuis que tu n’étais plus toi. Je n’ai eu aucune réaction à l’annonce du médecin. J’avais fini par m’habituer à ce ventre creux…

Ce matin, je me suis réveillée, le cœur en paix grâce à ma décision ferme. Notre chemin s’arrête ici. A jamais!

Le meilleur cadeau d’adieu que je puisse te faire en ce jour, c’est le souvenir douloureux que tu porteras désormais en toi, tel le lourd fardeau de Sisyphe. L’âme torturée que je suis devenue grâce à toi, s’en va rejoindre les tiens dans l’au-delà. Peut-être, très vite nous rejoindras-tu?

En attendant, je te laisse savourer pleinement cette dernière Saint Valentin au goût amer.

Celle qui t’aimait!

Tags : , ,

Classés dans :

Cet article a été écrit par Famchocolat

Previous Post Next Post

Comments (5)

  • lickachoops 26 octobre 2012 à 11 h 46 min

    tres touchante ton histoire bravo

     Reply
    • famchocolat 1 novembre 2012 à 11 h 20 min

      Merci. Ravie d’avoir pu vous faire rentrer dans l’histoire.

       Reply
  • Daphney T. 1 novembre 2012 à 11 h 01 min

    i just love it. really! ça sent de l’implication personnelle…C’est fou comment l’écrivain à le don de toucher ses lecteurs . un peu comme s’il parlait pour eux.

     Reply
    • famchocolat 1 novembre 2012 à 11 h 24 min

      Thank you! C’était le but recherché…pourtant rien à voir avec du vécu perso (heureusement! Lol).
      Ça fait toujours plaisir à celui qui écrit de faire ressentir au lecteur les émotions des personnages.

       Reply
  • Heidi 16 février 2013 à 1 h 10 min

    Cruel cadeau! Aïe très poignant! mon pauvre coeur lol! triste et délicat à souhait. excellent.

     Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

L'auteur

Famchocolat