About Author

Aurenzo Amsa

CONFESSION TROUBLANTE

mai 14, 2014 12:00 Publié par

Jade avança lentement, anxieuse, comme chaque fois qu’elle devait accomplir cette obligation. Ce qui faisait qu’elle s’y soumettait très rarement. Mais aujourd’hui l’anxiété, la peur, la honte qu’elle ressentait étaient à un niveau encore jamais atteint. Elle s’agenouilla et récita rapidement le « Bénissez-moi mon père parce que j’ai péché ». Ensuite, elle débita les paroles rituelles de la confession sous les oreilles presque attentives du prêtre. Elle commença à énumérer les péchés qu’elle avait commis avec un air tellement contrit que le prêtre en eu pitié. C’était rare de voir des personnes qui regrettaient aussi profondément leurs mauvais actes. D’habitude, il voyait défiler devant lui, les jours de confession, des personnes qui essayaient de se justifier. Il reporta donc son attention sur celle qui semblait tant souffrir de ses péchés et là il fut surpris. C’était elle, la fille que son frère lui avait montré de loin en lui disant que c’était sa petite amie et celle qu’il allait épouser. Patrick lui avait tant vanté les qualités de cette demoiselle et sa grande beauté, d’ailleurs indiscutable, qu’il avait pressé son petit frère de faire les présentations. Celui-ci lui avait dit : – Non grand frère, ce n’est pas encore le moment et je ne veux pas qu’elle ait l’impression que je lui mets la pression en la présentant à ma famille et surtout à mon grand frère qui est prêtre. Pour le moment je ne veux pas brusquer les choses, lui avait dit son petit frère.

L’Abbé Pierre avait accepté bien malgré lui cette réponse car il voulait que son frère trouve une femme bien et se marie. Patrick avait relégué au second plan toutes ces histoires de femmes pour se consacrer à ses études. Mais maintenant qu’il les avait finies et obtenu un poste de cadre à l’Abidjanaise des Banques, il était temps pour lui de trouver une femme et de fonder un foyer. Lui qui aimait tant son frère et sa sœur Paula, rêvait de célébrer leurs mariages et de tenir leurs enfants. Il avait renoncé à cela pour se consacrer à Dieu et maintenant espérait vivre à travers eux ces joies.

Il reporta son attention vagabonde sur celle que son frère désirait épouser. Il est vrai qu’elle était belle, grande et avait une belle forme de femme africaine. Elle avait tout ce qu’il fallait là où il le fallait. Si lui-même n’était pas prêtre c’est sur ce genre de femmes qu’il aurait porté son dévolu. Il apprécia encore le choix de son frère et ce faisant une question lui vint en tête : était-ce normal d’accepter que la petite amie de son frère se confesse à lui ? Il est vrai que le secret de la confession était de mise pour lui qui avait prêté serment, mais jusqu’à présent les personnes qui défilaient devant lui n’étaient liées à lui d’aucune manière que ce soit. Il voulut l’arrêter et la diriger vers un de ses confrères mais finalement il s’en tint au respect de son serment et continua à l’écouter. De toute manière, vu les éloges de son frère au sujet de cette fille, elle ne pouvait pas commettre plus que les péchés ‛de base’.

Jade appréhendait la réaction de ce prêtre qui la dévisageait un peu trop à son goût. Elle avait commencé sa confession par ce qu’elle pensait être les plus petits péchés. Elle se dit qu’elle aurait droit à un jugement sévère et une pénitence irréalisable quand elle aurait fini d’avouer la plus grave de ses fautes, vu la manière dont il la regardait bien qu’elle n’en soit encore que sur le nombre de fois où elle avait raté la messe. Elle prit un profond souffle et commença à raconter son histoire.

Le prêtre l’écoutait d’une oreille quelque peu distraite, plongé dans ses réflexions. – Mon père je suis allée à une soirée avec des amis. On s’est amusé plus qu’il ne le fallait. Je n’ai pas l’habitude de boire et je supporte très peu l’alcool, mais je me suis laissé entraîner par l’euphorie et je ne savais plus ce que je faisais. Et là quelqu’un s’est approché de moi et on a tout de suite sympathisé. Je ne sais plus comment cela s’est passé mais nous nous sommes retrouvés dans sa voiture et nous avons fait l’amour.

L’Abbé Pierre, en entendant cette dernière phrase, reçu comme un coup de massue sur la tête. Il se demandait s’il avait bien entendu ce qu’elle disait puisqu’il avait continué de rêver, pendant qu’elle parlait, sur le beau couple que ferait cette fille avec son cher petit frère. Et là, désillusion, elle avait trompé son frère avec un autre homme. Il n’en revenait pas, surpris qu’un tel visage d’ange soit capable de cette bassesse. Et là, il se mit à penser à son pauvre frère désormais cocu qui avait placé une confiance aveugle en cette fille. Vraiment, lorsque l’on disait que les femmes étaient le diable incarné ce n’était peut-être pas faux. En plus d’avoir trompé si bonnement son frère, elle était en train de le pousser à porter un jugement sur sa personne, chose qu’il ne devait absolument pas faire vu sa fonction. Ah les femmes, vraiment !

Jade fut intimidée par ce regard déçu et accusateur qui pesait sur elle. Ce prêtre devait certainement se dire qu’elle n’était pas une bonne fille, qu’elle était dépravée. Mais elle n’arrivait pas à comprendre cet air ahuri puisque durant toute sa carrière de prêtre, il avait dû entendre pire que ce qu’elle avait commencé à dire, d’autant plus qu’elle n’avait même pas encore abordé le point clé de sa confession. – Bon, j’y suis, je termine alors malgré ce qu’il pourra bien penser de moi. Je suis venue me réconcilier avec mon Dieu, je dois me décharger, se dit-elle.

Et elle continua à parler sous l’attention du père en proie à mille émotions. – Mon père, en fait la personne est…c’est…. euh !

Jade se sentait tellement gênée. Elle détourna la tête et regarda vers l’entrée de l’église. Et tout d’un coup, elle indexa quelqu’un et dit : mon père c’est elle, c’est cette fille en chemisier bleu. Et elle continua à parler rapidement. L’Abbé Pierre ayant levé la tête vers la direction qu’elle lui avait indiquée, ne l’entendait presque plus. Sa voix résonnait dans le lointain tandis qu’il ouvrait de grands yeux ébahis vers la personne qui était entrée dans l’église. Non, ce n’était pas possible, pas ça, c’était horrible, Paula, sa petite sœur chérie, leur petite sœur ! Un trou noir commença à se creuser devant lui, il se sentit faible, la sueur dégoulinait de son front. Il se débattait pour sortir de ce trou noir sans fin, il entendait des voix affolées dans le lointain qui se rapprochaient de lui et se demandaient ce qu’avait l’Abbé Pierre. Jade s’arrêta tout à coup de parler lorsqu’elle vit ce prêtre choir de sa chaise et s’évanouir devant elle, ainsi que l’attroupement qui avait commencé à se former autour d’eux.

Tags : , , , ,

Classés dans :, ,

Cet article a été écrit par Aurenzo Amsa

Previous Post Next Post

Comments (5)

  • SAS
    SAS 15 mai 2014 à 19 h 23 min

    L’histoire en entraînante et j’aime l’imbroglio qui y est conté.

     Reply
  • SAS
    SAS 15 mai 2014 à 19 h 32 min

    En additif à mon commentaire, n’est-il pas un peu radicale de faire penser au prêtre que l’acte de la fille est une bassesse, quand on sait elle l’a fait sous l’effet de l’alcool? Peut être ne l’aurait-elle pas fait si elle était sobre… En d’autres termes, l’alcool n’excuse t-il pas l’acte quoique…? Et pour finir la femme le diable incarnée…. Bravo pour l’histoire!

     Reply
    • Aurenzo Amsa
      Aurenzo Amsa 15 mai 2014 à 19 h 45 min

      Le prêtre, même s’il ne le doit pas, a un parti pris ici donc il ne peut (ou ne veut) trouver de situation atténuante à cet acte et en plus boire jusqu’à être saoul(e) est proscrit. Surement qu’il allait se reprendre et regarder les choses avec les yeux du prêtre qu’il est mais elle ne lui en n’a pas laissé le temps vu qu’elle a enchaîné avec la suite lol!

       Reply
  • Tchonte Silue 20 juin 2015 à 23 h 11 min

    Belle surprise a la fin. Mais elle aussi, pendant la confession elle n’est pas censee indexer une autre personne meme si cette derniere fait partie de l’histoire. Elle aurait pu se confesser sans confesser l’autre par extension.

    Ma question c’est comment est ce que tu decide des accords quand tu veux parler d’une fille sans que l’on ne sache avant la fin que tu parles d’une fille? « Je ne sais plus comment cela s’est passé mais nous nous sommes retrouvés dans sa voiture et nous avons fait l’amour. » Par exemple moi j’aurais longtemps hesite a utliser retrouves au lieu de retrouvees parce que je sais que je parle de deux filles. Enfin bref, chapeau pour l’histoire !

     Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

L'auteur

Aurenzo Amsa