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Commentaire du Dr Josué Guébo sur « Poings d’Interrogation »

septembre 2, 2016 7:02 Publié par

La dédicace officielle de l’oeuvre collective « poings d’interrogation » a eu lieu le Dimanche 28 Août au Village Kiyi. Josué Guébo, Président honoraire de l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire (AECI), a fait l’honneur et l’amitié aux auteurs de présenter leur ouvrage au public.

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Bonnes gens du monde des lettres,

Bonnes gens du monde de la Culture,

Le poing, on le sait, est formé de l’union des cinq doigts. L’auriculaire, l’annulaire, le majeur, l’index et le pouce. Pour forger le poing, les doigts n’ont pas seulement besoin de se mettre coude-à-coude, il leur faut aussi se replier sur eux, dans une géométrie de l’introspection. C’est de cette conjonction salutaire –   de l’union et de l’introspection – que le poing est susceptible de porter un coup de pinceau capital à la toile de l’humanité et de l’histoire.

Il n’est donc pas surprenant que la  collecte de nouvelles que nous saluons ce soir ait choisi de naître sous les auspices  et  la symbolique du poing.

Notons qu’ici le poing est  pluriel. C’est une leçon de persévérance, d’endurance et de persistance. Un seul poing ne suffit pas toujours à faire tomber l’adversaire. Dans le pugilait de la vie, il faut parfois apprendre à discipliner ses coups et à ne les donner qu’au bon rythme, à la bonne dose et surtout à la bonne cadence !

Pour faire le point sur  ce livre au bon empoint  je n’hésiterai point à le présenter en cinq points. Comme la main, ce recueil a cinq doigts.  Essie Kelly, Yehni Djidji, Malicka Ouattara, Cédric Marshall Kissy  et Yahn Aka

Cédric Marshall Kissy, c’est l’auriculaire, Essie Kelly, l’annulaire, Yahn Aka, le majeur, Malicka Ouattara, l’index et Yehni Djidji, pour des raisons de morphologie contextuelle, le pouce ! Poussons, donc la symbolique allègrement pour engendrer un monde meilleur !

Nous avons parlé de poings au pluriel. Le recueil Poings d’interrogation en a deux. C’est-à-dire que le livre s’articule en deux axes principaux dont le premier s’intitule mots édentés et le deuxième Douleurs aphones.

Dans  « Mot édentés », le poing s’ouvre sur une morsure virulente. L’auriculaire de Kissy peint le tableau amer d’un hôpital en grève. Oui le poing ici se lève pour protester contre le serment d’Hippocrate jeté aux oubliettes. La grève se mue en crève et l’auriculaire le note dans une averse de larmes révoltées.

Mais qu’en pense l’annulaire d’Essie Kelly ? Il pense et dit sur le ton d’un texte polyphonique les dédales et méandres d’un amour polyandrique.  L’annuaire d’Essie Kelly ne nous dit pas si l’héroïne de la nouvelle a cinq amants, comme les doigts d’une main. Mais pour sûr, la samaritaine  que décrit Kelly est un beau prétexte  permettant à l’auteur de rappeler à notre bon souvenir ce que les uns appelleraient le Karma, les autres la responsabilité individuelle.

Essie Kelly interroge :  le mal que nous faisons reste-t-il impuni ? Y a-t- il une morale de l’histoire ? Autant de questions qui frappent du point sur la table de notre conscience.

Mais de quoi nous parle le majeur Yahn Aka, si ce n’est du complexe du paon  et donc du rejet de l’orgueil ? Sur les pages du majeur se joue une bagarre entre tenants du monde matériel et défenseur de l’univers idéel. Les arguments ne manquent pas pour montrer la suprématie de l’idée sur la matière, mais bientôt les arguments de la force ont raison de la force des arguments. La langue de Sinvouê l’idéaliste est tranchée, non pas d’un coup de poings, mais d’un coup de couteau. Comment alors ne pas mettre le mal à l’index ?

Avec Malicka Ouattara, c’est le mal qui est mis à l’index sur le ton de la confession. Nous l’avons dit, le poing se forme par l’introspection des doigts. Une femme parle, se dévoile, se dénude devant celui qu’elle croit être un prêtre mais la chute de la nouvelle est belle comme un uppercut de vainqueur ! En somme un beau jeu d’index qui fait un appel du pied au pouce de Yehni Djidji. L’écrivaine, pour sa part, nous ramène à l’esprit l’image de drames à la fois intimistes et sociaux. Une parenthèse sanglante pointe aux commissures du poing : avril 2011. Une année à gueule de tueuse, c’est la messe et  la kermesse des heures mesquines. Heureusement,  le soleil pousse à l’horizon comme une graine d’espoir plantée dans le cœur du pardon. C’est de résilience que parle le pouce, c’est de renaissance que bruit la voix de  Djidji.

Dois-je alors vous parler de « Douleurs aphones », de la  Symbolique de la bouche, champ lexical de la dégustation ?

Vais-je vous dévoiler le deuxième pan du livre ? Eh bien non ! Je garde le poing bien fermé. Rien ne filtrera du poing de mes lèvres. Je vous laisserai ainsi découvrir par vous-même les trésors que referme le second pan du poing.

Je terminerais cette brève présentation en vous rappelant que dans un poing, les doigts n’ont pas la même taille, mais comme chacun le sait, les doigts les plus petits sont souvent les plus efficaces.  Comme vous le savez, en littérature, comme en bien d’autres domaines,  ce n’est pas la taille qui compte, c’est la dextérité !

En tout cas aux auteurs de ce soir, je dis en Anglais Take my five, ou si vous le préférez, je le dis à l’Ivoirienne « Prenez mon Gbo » !

Prenez ma main et que votre beau poing soit un beau coup multidirectionnel direct, circulaire, remontant, descendant de sorte que dans les consciences  vos  frappes  se réalisent  sous différents plans : crochet,  semi-crochet, uppercut, semi-uppercut,  bolo punch !

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