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Hortense Djodjome Sel

CHAGRIN D’AMITIÉ (3)

octobre 28, 2013 7:47 Publié par

– Pas de soucis, c’était une belle journée. Merci pour les cadeaux et la soirée j’ai beaucoup apprécié. Conduis prudemment et fais-moi signe quand tu seras chez toi, s’inquiéta Mirande.

– Ok ma belle, ne t’en fais pas, je conduis souvent avec quelques coupes de champagne dans le nez. Je ferai attention Promis.

Les deux jeunes femmes s’embrassèrent alors chaleureusement sur les joues avant que Mirande Adoumey ne descende de la voiture pour se diriger vers la résidence où elle avait sa chambre. Ce jour resta gravé dans sa mémoire comme le début de leur amitié et de leur complicité. Elles devinrent inséparables. Livia était le centre de l’univers de Mirande qui lui fit découvrir beaucoup de choses et rencontrer du beau monde, des gens importants et riches de surcroît. Sur les encouragements de celle qui était devenue son unique amie, Miranda se mît à fréquenter une salle de gym pour sculpter sa grande silhouette et s’attacha les services d’une esthéticienne de la ville, réputée pour ses solutions miracles qui éclaircissaient la peau. Dans la foulée, elle rompit avec Cyril son petit ami de longue date pour débuter une relation amoureuse avec un ex-ministre promu conseiller du président de la république et qui disait ne plus entretenir de relations sexuelles avec son épouse dont il était, selon lui, en train de se séparer. Son nouvel amant lui acheta sa première villa ainsi que sa toute première voiture, une Mercedes Classe E. L’argent n’était plus un mythe et la vie modeste en résidence universitaire faisait désormais partie du passé de la jeune fille. Sa plus grande satisfaction était d’avoir fait venir son petit frère Marc Antoine dans cette villa où ils étaient à leur aise. Son unique frère vivait avant cela chez tante Jacquie, la meilleure amie de leur mère, depuis le jour où il étaient devenus des orphelins et avaient été contraints de faire louer la maison familiale pour pouvoir continuer leurs études. Un après-midi, environ trois mois après leur première sortie et alors qu’elles profitaient de la piscine de la villa de Livia tout en sirotant du jus de fruit de la passion, celle-ci s’adressa à Mirande sur un ton de confidence :

 – Ma chérie… Je suis contente que tu puisses convenablement t’offrir ce que ton frère et toi méritez. Mais tu sais, les hommes mariés se lassent très vite et n’hésitent pas à changer de « joujou », car c’est ce que nous sommes pour eux hélas ! Je te conseille de ne pas repousser les avances des autres messieurs. J’espère que tu comprends. Il te faut plusieurs maisons, des boutiques de luxe et d’autres affaires à travers la ville, ainsi que des comptes bien garnis dans toutes les banques du pays et même à l’étranger. Profitons au maximum de notre beauté car dans 10 ans, les hommes ne se retourneront plus sur nous.

Livia marqua une pose pour siroter une gorgée de jus de fruit. Mirande resta muette en analysant les propos de sa copine, elle la laissa poursuivre …

– Sous nos tropiques, les jeunes-filles qui font de brillantes études finissent généralement avec un emploi sous-payé dans lequel elles se font exploiter ou finissent même sans emploi du tout, ou encore comme femme au foyer, contraintes ainsi de mener une vie ordinaire dans laquelle elles dépendent de leurs maris. Toi et moi méritons mieux que ça ma chère…. Cette année, nous finirons nos études et on usera de nos relations pour se faire embaucher dans des entreprises où nous toucherons des salaires de misère. Mais pour nous, ce travail ne sera rien d’autre que le moyen de rencontrer des hommes. Tant que nous sommes jeunes et belles amassons des biens pour demain…

Mirande l’interrompit :

– Livia, à t’écouter, la beauté seule suffirait, nous ne sommes pas les seules jolies filles d’Abidjan, ni même les plus belles. Tu sembles si sûre de toi !

– J’adore ton innocence ma belle… répliqua Livia. Ouvre les yeux ! Il te faut un soutien spirituel, moi j’en ai plusieurs ici et dans la sous-région.

– Tu veux dire une sorte de parrain religieux, tel qu’un prêtre ou un pasteur ?

– Non, je veux dire quelqu’un qui fera en sorte que tu continues à être chanceuse. Je m’occupe de cela. On ira voir Baba Ladé demain dès l’aube. Il est très efficace tu t’en rendras compte, mais il te faudra une tenue toute blanche. Mirande dévisagea son amie en silence. Elle eut peur d’avoir compris. Il s’agissait bien d’aller consulter un marabout …

– Ma chérie insista Livia, tu dois le faire sinon d’ici quelques mois ta poule aux œufs d’or passera à autre chose, crois-moi c’est un classique. Il faut le retenir et faire en sorte qu’il t’offre toujours plus. Mirande finit par se laisser convaincre et suivit dès le lendemain matin sa copine chez Baba Ladé alias papa miracle. C’est ainsi que Mirande Adoumey était devenue une adepte du maraboutage et des sciences occultes en général. Livia et elles voyageaient souvent ensemble pour rejoindre des amants fortunés à l’étranger et affectionnaient certaines destinations réputées pour l’occultisme. Au fil des années, elles avaient amassé beaucoup de biens, des cadeaux de leurs conquêtes et elles menaient la grande vie. Ce qui leur faisait le plus plaisir était de sortir certains week-ends écumer les endroits chauds des nuits abidjanaises à la recherche d’apollons souvent plus jeunes avec qui elles passaient du bon temps et dont elles se débarrassaient par la suite, sans état d’âme.

Dix années s’étaient écoulées depuis leur rencontre mais cela faisait quelques mois que Livia était devenue quelque peu distante vis-à-vis d’elle. Même si son amie gardait le même mode de vie, elle prétextait souvent du travail en retard à la direction régionale des impôts où elle était secrétaire de direction pour éviter leurs virées nocturnes. Il lui arrivait même de  disparaître des écrans radars pendant des week-ends entiers. Hier soir, Livia l’avait appelée. Elle voulait passer la voir aujourd’hui pour, disait-elle, lui présenter une personne spéciale et lui annoncer une bonne nouvelle.

– Ah ! Je comprends à présent toutes les cachotteries. Je parie qu’il y a un homme là-dessous. S’il est mignon je te pardonnerai de m’avoir délaissée ces derniers temps, dit Mirande à son amie en plaisantant.

– Tu verras, c’est le plus beaux des hommes. Il est avocat et tu l’aimeras c’est sûr.

– Un avocat ! C’est la grande classe ! Ok, demain après-midi je serai prête à vous recevoir. Quand la sonnette de son appartement retentit à 16 heures tapantes, Mirande se précipita pour ouvrir la porte d’entrée et vit Marc Antoine son petit frère ; aussitôt elle se jeta dans ses bras.

– Tu te fais rare toi ! Les affaires marchent bien on dirait. Ça tombe bien que tu arrives maintenant, Livia et son nouvel ami ne vont pas tarder. Justement il est avocat tout comme toi !

Marc Antoine avait souri à sa sœur sans faire de commentaire. Juste à cet instant, Livia avait franchi la porte d’entrée, l’air un peu pâle et tendue. Mirande l’accueillit en ces termes :

-Ah ! Voilà la plus belle, entrez et asseyez-vous… mais il est où ton chéri ? Interrogea Mirande.

– Il est là devant toi ! répondit Livia.

Mirande crut d’abord à une blague, mais ni son frère ni Livia n’avaient l’air de plaisanter. Marc Antoine prit les devants d’un ton sérieux.

– Ecoute Mira, je suis amoureux de Livia et on ne peut pas te cacher plus longtemps qu’elle attend un enfant de moi. Je compte l’épouser et assumer pleinement ma paternité. Mirande eut l’impression que le sol bougeait et qu’elle allait s’évanouir :

– Non Livia! finit-elle par s’écrier, tu ne peux pas être enceinte de notre petit frère. C’est de l’inceste, non tu n’as pas fait cela avec Marc Antoine aussi. Non, pas lui Livia, il est ma seule famille, tu n’as pas pu le….. Elle était incapable de terminer sa phrase devant son frère qui ignorait tout de leurs pratiques occultes. S’adressant à celui-ci elle ajouta :

– Mon chéri, tu ne connais pas vraiment cette femme, tu ne peux pas faire ta vie avec elle. C’est pas une fille pour toi ! Tu n’as aucune idée de ce qu’elle…

Une fois de plus Mirande ne put terminer sa phrase. Elle s’agitait et avait l’air de ne plus savoir ce qu’elle racontait. Elle se mit à pleurer de rage ce qui énerva Livia qui s’emporta contre elle.

-Ecoute ma chère, quel que soit celle que tu crois que je suis, je ne peux pas être pire que toi car nous sommes de la même espèce Mirande Adoumey ! Mon fiancé et moi voulions juste t’informer que tu vas être Tante. Sache que nous te ferons parvenir une invitation pour le mariage.

Elle ajouta ensuite à l’endroit de Marc Antoine :

– Lève-toi nous partons d’ici ! A la grande surprise de Mirande, son frère s’exécuta. Il suivit Livia qui venait de prendre la direction de la sortie, sans un regard pour sa sœur sans aucune émotion face à ses pleurs et ses cris, et même sans se retourner…

FIN

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Cet article a été écrit par Hortense Djodjome Sel

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Comments (2)

  • Manu Bake 8 novembre 2013 à 23 h 05 min

    Hortense,
    Tu as visiblement consacré un temps important à l’écriture de cette longue série. Peut-être aussi l’as-tu publiée ici à dessein de susciter une avalanche de commentaires.

    Au bout d’une semaine, je parais le seul à vraiment oser une critique.
    Je m’étonnais de l’absence de commentaires à ce texte. Après lecture, j’en imagine les raisons ; le texte à l’air inutilement long. Le message que véhicule cette longue série semble cerné et enserré par de nombreux épisodes superflus et secondaires.
    La narration ne coule pas facilement, le texte n’est pas des plus fluides. L’art de la CONCISION aurait sans doute rehaussé la qualité de cette série.

    J’ai longuement cherché une chose à admirer à ce texte, et j’ai trouvé cette belle phrase : « Mirande crut d’abord à une blague, mais ni son frère ni Livia n’avaient l’air de plaisanter… ».

    Ma bonne Hortense fixer un angle à ton texte et se concentrer sur une action unique feraient grand bien à tes prochains textes. Il me semble aussi que choisir une formule narrative, exploiter les ressources de la langue auraient sans doute contribué à captiver le lecteur. Davantage.

    Je crois au grand potentiel de ta plume, et je suis curieux de découvrir tes prochains textes. Ils seraient surement plus réussis.

    Ici, les silences sont réprobateurs.

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    • Hortense Djodjome Sel
      Hortense Djodjome Sel 10 novembre 2013 à 7 h 14 min

      Merci de donner votre avis ,je prends en considération vos critiques . J’ajouterai seulement que si c’est vrai que le texte est si mauvais au point ou tout le monde ,à l’exception de vous , garde un « silence réprobateur » , c’est donc moi qui n’est pas compris le bien fondé de ce site qui dans mon entendement permet ,entre autre , aux profanes de l’écriture de s’améliorer grâce aux critiques des lecteurs mais surtout des auteurs professionnels ou amateurs . Non monsieur, je ne m’attendais pas à « une avalanche de commentaires » , mais plutôt a des critiques constructives ,ce que vous faites très bien alors je vous remercie .

       Reply

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