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Paula

AMOUR MATERNEL, AMOUR INÉBRANLABLE

mai 21, 2013 8:00 Publié par

Maternité de Williamsville. Le brouhaha habituel de la commune semble être concurrencé par les pleurs d’un bébé. Mon bébé … J’entends les sages-femmes pousser des cris de joie, me féliciter pour la belle petite fille que je viens de mettre au monde. On se précipite sur moi, nettoie les gouttes de sueur qui perlent mon front et me présente ma fille. Je la prends dans mes bras. Je la regarde. C’est vrai qu’elle est belle et tellement adorable avec son air innocent et fragile. Du bout des doigts, je lui caresse les joues ; elle semble aimer cela puisque je vois apparaître sur son doux visage une petite grimace que je prends comme un sourire. Je ne peux retenir une larme de joie et d’émotion. Je suis mère. Bel et bien mère. J’entends la sage-femme en chef me demander : « Êtes-vous venue avec le père ? Sinon, pouvons-nous avoir son numéro pour le prévenir de la naissance de votre fille ? » Là, je demeure interdite. Son père ? Je ne peux retenir une seconde larme, mais cette fois une larme de tristesse, de rage, et de regrets … La larme qui coule le long de ma joue et plonge dans l’océan de mes souvenirs. Il y a neuf mois de cela …. 22 juillet 2011.

Cette date restera à jamais gravée dans ma mémoire, ancrée dans chaque parcelle de mon corps et de mon esprit, malgré tous les efforts que je fais pour l’oublier. Regarder mon corps dans une glace est devenu pour moi un véritable supplice. Oui, ce corps que je déteste car bafoué, humilié, maltraité, assujetti. Comment oublier de tels événements ? Laissez-moi vous raconter mon histoire ; vous comprendrez mieux après sûrement …

Il était exactement 22 heures et demi quand je levai enfin la tête de mon bureau. J’étais tellement absorbée par la pile de dossiers que je devais examiner que je n’avais pas vu le temps passer. Il était temps de rentrer si je ne voulais pas être surprise par la pluie. En dix minutes, j’étais déjà dehors. N’ayant pas de voiture, je me précipitai vers la gare de taxis communaux, priant secrètement d’avoir rapidement un taxi pour rentrer chez moi. À cette heure-ci, il était très difficile de trouver un moyen de transport, et quand bien même on en trouvait, il fallait payer le prix fort pour ne pas prendre le risque de rentrer chez soi à pied. J’étais donc debout au bord de la route lorsqu’il se mit à pleuvoir subitement. Quelle malchance ! D’un coup d’œil circulaire, je me rendis compte qu’il n’y avait aucun endroit pour s’abriter. De plus, il n’y avait aucun taxi en vue. Pestant intérieurement contre cette maudite pluie qui déjà m’avait trempée jusqu’aux os, j’entendis un coup de klaxon à quelques mètres de moi. C’était une Mercedes noire qui venait de stationner et le conducteur m’invitait à monter. En une fraction de seconde, je me mis à réfléchir : était-il judicieux de monter dans la voiture d’un inconnu ? Ma conscience me l’interdisait. Je n’avais vraiment pas envie de finir sur une table d’autopsie comme toutes ces femmes mortes que l’on voyait dans la série « Les experts ». Je voulus refuser quand un violent coup de tonnerre me fit sursauter. Inconsciemment je courus vers la voiture et m’y introduisis. Ce fut la plus grosse erreur de toute ma vie …

Le conducteur était un homme fort imposant. Son air candide suffit pour me rassurer. Nous échangeâmes quelques civilités, moi le remerciant pour son « aide » et lui me demandant là où j’allais. « Angré Pétroivoire », répondis-je. Nous roulions déjà depuis dix minutes quand j’entendis un bruit sec du côté de ma portière. C’est avec horreur que je me rendis compte que la portière venait d’être verrouillée. J’essayais de l’ouvrir de toutes les forces mais c’était peine perdue. D’un calme olympien, le conducteur me dit : « Ceci est inutile. Vous feriez mieux de rester tranquille et tout cela finira bien, pour vous en tout cas. ». Je croyais avoir mal entendu. Les larmes me montèrent aux yeux et les regrets firent surface. « Je n’aurais jamais dû monter », me disais-je dans mon fort intérieur. Mais c’était trop tard. Je vous épargne les détails de la suite de cette horrible nuit. D’ailleurs, ne pouvons-nous pas la résumer en un seul mot ? VIOL.

J’ai été purement et simplement violée, puis jetée heureusement ou malheureusement je n’en sais rien, à la station Pétroivoire. J’avais le corps endolori par les nombreux coups que j’avais reçu de mon agresseur et c’est avec un effort surhumain que je parvins à rentrer chez moi. Personne n’a jamais su ce qui m’était arrivée. Pourquoi le dire ? Pour remuer encore plus le couteau dans cette plaie inguérissable ? Non. J’avais gardé le silence, laissant libre cours à la haine et la colère qui rongeaient mon cœur à petit feu. Je pensais pouvoir oublier un jour ce cauchemar, mais c’était sans compter sur le petit être qui grandissait en moi … Les vomissements et les vertiges que j’avais commencé à ressentir trois mois plus tard parvinrent à me convaincre que j’étais enceinte. Je n’eus pas besoin de faire un test de grossesse, car, aussi incroyable que cela puisse paraître, je sentais le petit chou bouger en moi. Je tentai à deux reprises de lui ôter la vie mais il semblait tenace. C’est alors que je me surpris à l’aimer, même si, à chaque fois que je voyais mon ventre arrondi, la haine et la frustration refaisaient surface. Aujourd’hui, l’avoir dans mes bras me laisse un goût doux-amer. Amer car les circonstances de sa venue sont tout sauf heureuses. Mais je crois que c’est la douceur de sa présence qui l’emporte.

Ne dit-on pas qu’un bébé est un cadeau du ciel ? De plus, pourquoi lui faire payer le prix de mon imprudence ? Bien que ce beau petit visage me rappellera toute ma vie la nuit du 22 juillet 2011, je ne pourrai jamais me lasser de le regarder et d’en prendre soin. Cet enfant, c’est mon trésor et je l’aime.

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Cet article a été écrit par Paula

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Comments (12)

  • Tanya Gourenne
    Tanya Gourenne 21 mai 2013 à 13 h 39 min

    Bienvenue Paule Esther!

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  • Marshall Kissy
    Marshall Kissy 24 mai 2013 à 21 h 55 min

    félicitations ! pour la narration ! pour la leçon

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  • Heidi 25 mai 2013 à 14 h 05 min

    Bienvenue Paule Esther!
    J’aime ce côté sombre de la maternité. Le texte est simple et bien écrit. On partage facilement les émotions du personnage et cela donne envie d’essuyer ces larmes de joie et de douleur et de dire « yako, ça va aller ! » tout en murmurant: « le silence est destructeur, seules la faute et la culpabilité reviennent au bourreau ».

    Petite question: pourquoi cette précision « Laissez-moi vous raconter mon histoire ; vous comprendrez mieux après sûrement » ?

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    • Paula
      pauleesther 26 mai 2013 à 10 h 35 min

      Merci pour les compliments …
      J’ai mis cette phrase en fait pour montrer un peu qu’elle s’adresse à un public, virtuel ou non. Je l’ai mise aussi parce que je ne savais très bien comment introduire le flash-back …

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      • Heidi 27 mai 2013 à 12 h 40 min

        Merci de ta réponse. Je pensais que tu voulais forcément prendre à témoin ou attirer la sympathie du lecteur. Or, ce n’est pas le cas, tant mieux. C’est une façon comme une autre d’introduire le flash back. J’ai d’ailleurs lu un roman ce week end où en titre de chapitres, c’était noté 1er flash back, 2nd flash back etc ça m’a agacé…

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  • Armie Pockpa 26 mai 2013 à 10 h 10 min

    Je suis bluffé…

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  • Kitchin
    kitchin 27 mai 2013 à 16 h 28 min

    beau texte, simple a se faufiler dedans. bravo et bonne continuation

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  • Mency 29 mai 2013 à 11 h 26 min

    Félicitation car tu as montré que quelque soit les circonstances, une mère aimera toujours son enfant. Bonne fête a toutes les mères. Tu as une très belle plume

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  • malicka 4 juin 2013 à 10 h 56 min

    lu jai fais un wahou en lisant la premiere partie cest super beau

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