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Fatim Tembely

7-12-20 : PAS QUE DES CHIFFRES

mars 18, 2013 10:00 Publié par
La sirène policière retentissait, les jeux de lumières provoqués par l’ambulance animaient le quartier. Les pleurs et les cris se faisaient maintenant entendre. Une lettre se fit découvrir. “Ne me jugez pas, ne me blâmez pas avant d’avoir lu entièrement ce bout de papier, traduisant tout ce que ma bouche et mon cœur auraient dû dire depuis longtemps. Tout ce que je demande c’est une libération et je pense l’avoir ce soir. Maman, papa, cher lecteur de ces mots, une semaine après avoir eu mes douze ans, je décidai de passer le weekend end chez Akim, Mathy et Latif, mes cousins les plus proches. Tout se passait bien comme à l’accoutumée jusqu’à ce que tante Lima nous demande de gagner le lit. Il fallait se coucher de bonne heure afin d’être prêts le lendemain dès l’aube pour rejoindre la plage, à l’autre bout de la ville. Ce soir-là, notre petit oncle avait le droit de nous lire une histoire et de rester avec nous dans la chambre, jusqu’à ce que sommeil s’ensuive. Pendant et quelques minutes après le petit conte, Akim, Mathy et Latif s’étaient endormis tour à tour. Il ne restait que moi et bien évidemment tonton Oswald. L’histoire terminée, il n’avait plus rien à faire dans la pièce. Lorsqu’il tenta d’éteindre la lumière, mon cri le retint. J’étais apeurée du noir, je ne pouvais dormir. Je le suppliai donc de rester avec moi dans le lit jusqu’à ce que Morphée et le marchand de sable se décident à me rendre visite. Agrippée a lui, par peur de cette nuit noire, je sentis un moment des mains baladeuses. J’étais embrouillée. Que ce passait-il donc? Vêtue d’une mini robe, laissant entrevoir mes cuisses, et longues jambes, mon oncle ne put se retenir et commença à me caresser. Naïve, j’ai d’abord pensé qu’il souhaitait me faire un massage pour faciliter mon sommeil. Je compris que je me trompais sur toute la ligne lorsque ses mains effleurèrent mes seins. Les caresses se faisaient de plus en plus fermes et se répandaient tout le long de mon corps. Tétanisée, je ne pouvais rien faire. Toutes idées et questions envahirent ma tête, quand j’entendis les mots que voici : – “Tu as déjà eu tes menstrues?” – “Menstrues? C’est quoi?” Dis-je la voix toute tremblante. – “Tes règles” rétorqua t’il. – “Oui..” répondis-je de manière pudique. – “Alors on ne peut pas le faire”. Faire quoi ? Dis-je dans ma tête. Je n’avais rien demandé. Ces mots me rassurèrent, néanmoins. Mon oncle avait peur d’abuser de moi et d’ensuite découvrir que j’étais enceinte. Il ne se passa donc rien. Mes menstrues, ce nouveau mot que j’apprenais m’avaient sauvée et j’en remerciais le Seigneur. Cependant, il était encore là, toujours allongé à mes côtés. Je me sentais souillée, je ne voulais plus le voir. Il fallait trouver une solution et la seule s’avérait être, de feindre d’être endormie et cela marcha. Je rouvris mes yeux quand je le vis sortir de la chambre. Je ne pus dormir de la nuit, je ressentais encore ses mains sur mon corps. Je me sentais sale, impure, répugnante. J’avais honte de moi. Maman, papa, cher lecteur, vous comprendrez maintenant pourquoi je refusais de me mettre nue devant le médecin ou encore devant toi, maman. Se déshabiller pour moi était devenu un challenge, une étape qui, chaque fois, me rappelait cette inoubliable nuit du 7 novembre 2005. A tonton Oswald, ne lui en voulez pas, je le lui ai pardonné. J’ai pardonné l’impardonnable et je l’ai fait pour Dieu. Depuis le 7 novembre 2005, ma valeur concernant la virginité jusqu’au mariage s’était renforcée et j’en avais fait part a Lino, mon petit ami que vous même connaissez. C’était mon premier véritable amour et nous vivions un conte de fée parfait. Cependant, au fur et à mesure que la relation grandissait, Lino me faisait part de son envie croissante pour moi. Il m’avait mise en confiance, mes idées avaient changé. A 20ans, j’étais prête à lui offrir ce qu’il demandait depuis maintenant deux ans, ce qu’une femme a de plus précieux : ma virginité. Ses mains glissèrent sur mon fessier bombé, je sentais ses mains s’agripper. J’avais peur. A ce qu’il paraissait, ça faisait mal. Mais Lino savait comment s’y prendre, je me remis donc entièrement a lui. Au moment de la pénétration, tout alla très vite. Lino se retira brusquement et commença à crier. “Ne m’as-tu pas dit que tu étais vierge ?” hurla-t-il tout furieux. “Mais. Mais je le suis…” Balbutiai-je “Sale menteuse ! alors pourquoi, il n’y a eu aucune difficulté tout a l’heure au moment de la pénétration? Sors de chez moi, et ne reviens plus ! Mentir sur sa virginité, c’est dégoûtant. Tu me dégoûtes. SORS !”. Il me prit par le bras, me jeta nue de sa chambre et lança quelques secondes plus tard mes habits par la fenêtre. Mes larmes m’empêchaient de réfléchir et tout se bousculait dans ma tête. Tonton Oswald n’avait pas eu de relations sexuelles avec moi et jamais de ma vie je n’avais couché avec un homme. Comment cela était-il possible ? J’étais vierge. Pourquoi ne le croyait-il pas ? Mais si je l’étais réellement, pourquoi cela avait t’il été aussi facile qu’il l’avait dit ? Seigneur viens-moi en aide. Marchant dans la rue, essayant de trouver réponses à mes nombreuses questions, une lueur apparut et tout commença à s’éclaircir. Tout d’un coup je me rappelai ce jour où, à 7 ans, je m’étais évanouie, puis réveillée pleine de sang. Ce jour-là, j’étais au village pour les congés de février. J’avais décidé d’aller au champ avec tonton Iba et c’est tout ce dont je me souviens exactement. Le reste, demeure flou jusqu’à présent. Depuis ce fameux jour, papa et maman, vous m’avez interdit de mettre les pieds au village et surtout m’avez ordonné de ne plus jamais rentrer en contact avec tonton Iba. Je comprends maintenant. C’était donc ce qui était arrivé ce jour-là. C’était donc lui, le responsable de tout cela. C’était donc lui, qui avait abusé de moi, à 7 ans. Je pensais être vierge mais je me rends compte que depuis maintenant 13ans, je ne me connais même pas. Qui suis-je réellement ? Ayant établi les liens entre ce fait la, et celui passé dans la chambre de Lino, mes yeux embués de larmes, Je ne voyais plus rien. J’étais dans un autre monde lorsque, soudainement, deux hommes me ramenèrent, à la réalité, a MA réalité. Ils s’accaparèrent de moi pour assouvir ENCORE UNE FOIS, leurs besoins. Je vous épargnerai les détails. Je pense avoir assez souffert. N’ai-je moi aussi pas droit au bonheur ? A croire que non. Papa, maman, membres de la famille, amis, je vous aime. Vous avez toujours été là pour moi, essayant de me donner tout ce dont j’avais besoin et je vous en remercie. Tout était en ma possession. Tout…sauf le Bonheur, la paix du cœur et la joie de vivre que les hommes m’ont enlevé à 7, 12 et 20ans. Le suicide, je le sais est un péché. Dieu m’a envoyée sur Terre et c’est à lui seul de décider quand est ce que je dois retourner a lui, je le sais. Toute personne commettant un suicide est passible d’un enfer éternel et ça aussi, papa, maman, cher lecteur de cette prose, je le sais. Mais, aujourd’hui je décide quand même de mettre fin à mes jours. L’enfer éternel, je suis prête à l’affronter. J’en ai déjà eu plus d’une fois, un avant-gout sur cette terre.
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Cet article a été écrit par Fatim Tembely

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Comments (8)

  • Josya Kangah
    josya kangah 18 mars 2013 à 10 h 43 min

    Ça donne froid dans le dos. J’aime la simplicité de l’écriture. Le texte est digeste et bien écrit. L’émotion est au rendez-vous même si, je l’avoue le récit ne m’a pas particulièrement touchée.

    Merci Fatim Tembely

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  • missshineejo 18 mars 2013 à 10 h 58 min

    Bienvenue Fatim Tembely. Ton texte vraiment bien, simplement écris mais tu as su nous transmettre toutes les émotions. BRAVO

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  • Sadjee 18 mars 2013 à 21 h 18 min

    Akwaba Tembely! Ta nouvelle est joliment écrite…le seul bémol que je peux souligner, c est qu il y a beaucoup de retenue dans la description des émotions qui animent ton héroïne, du coup, en tant que lecteur, on ne s implique pas beaucoup de ce côté la.J aimerais beaucoup te relire, bonne continuation!

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  • Hanielophir
    Hanielophir 19 mars 2013 à 13 h 01 min

    Salut Fatim et bienvenue parmi nous. T’as pas mâché tes mots dans la description de certaines scènes…c’est bien de donner la parole aux lettres de cette façon. J’ai aimé ton texte en un mot et comprend la douleur de l’héroine. Félicitation!

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  • Kitchin
    kitchin 19 mars 2013 à 13 h 18 min

    Welcome Tembely, bravo pour ton texte et tu as tous mes encouragements pour la suite.

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  • licka choops 19 mars 2013 à 20 h 06 min

    C’est magnifique , j’aime la  » pudeur  » de ton texte . Pudeur parce que c’est un coeur en peine qui relate ses malheurs. C’est aussi très réaliste comme histoire j’en connais qui sont passés par là et qui vivent en faisant croire que ça va mais qui souffrent. Le succide de ton heroine n’est pas juste mais il est justifié. C’est magnifique j’aime beaucoup et merci a toi

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  • Fatim Tembely
    Fatim Tembely 25 mars 2013 à 22 h 01 min

    Merciiii a vous ! Sadjee j’en tiendrai compte la prochaine fois. Merci :

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  • Yves-Alain AD John 4 juin 2013 à 9 h 51 min

    C’est vraiment beau

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