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20 HEURES D’ESCALE (2)

juin 11, 2013 8:15 Publié par
– Monsieur! Monsieur! Monsieur! Répétait machinalement une jeune femme au sourire envoûtant. – Hein! Oui oui! répondit-il à peine tirer de sa torpeur. – Vous monopolisez la prise électrique, il y a d’autres personnes qui attendent. Il faut que leur permettiez de l’utiliser. – J’ai branché mon téléphone il n’y a que quelques minutes. – Non! En fait, vous êtes là depuis plus de deux heures, vous avez sûrement du vous assoupir. Un petit regard rapide à sa montre pour comprendre ce qui se passait, elle affichait 23h30. Son téléphone lui affichait 22h30. La différence de temps que donnaient le téléphone et la montre, et le contraste avec la position apparemment haute du soleil achevèrent d’accroître sa confusion. – Quelle heure fait-il s’il vous plaît? Arrivait-il à balbutier finalement. – 16h31, Monsieur! En réalité, bien que cela puisse paraître bizarre, cette heure n’avait aucun sens pour lui. Il n’arrivait pas à la comprendre. – S’il vous plaît, quelle heure fait-il en Afrique? – Monsieur, je veux bien vous aidez et prendre en charge vos préoccupations mais il faut que vous cédiez l’utilisation de la prise aux autres. – Bien entendu. Joignant le geste à la parole, il se leva promptement et emboîta le pas de la jeune et sulfureuse hôtesse qui lui servait de guide. – Alors, de quel pays souhaiteriez-vous connaître l’heure? – Côte d’Ivoire s’il vous plaît. – Est-ce votre première fois hors de votre pays? – Est-ce si évident? – C’est donc vrai que vous ne répondez aux questions que par des questions? D’abord vous arrivez le téléphone complètement déchargé, ensuite votre téléphone et votre montre affichent des heures différentes. Vous avez dû ajuster votre montre à celle de l’Europe quand le pilote vous a demandé de le faire à l’atterrissage. Ce que vous n’avez pas pu faire ici car vous ne comprenez pas l’anglais. Autant de petits détails qui sautent à un œil aguerri et expérimenté. Je suis pratiquement sûre que l’heure que votre téléphone affiche est celle de la Côte d’Ivoire. Après quelques vérifications, elle lui fit savoir qu’il y avait 7 heures de différences entre Abidjan et New York à cette période de l’année. Il était donc 23 heures et quelques minutes à Abidjan, Il décida d’informer enfin ses parents de sa bonne arrivée à New York. Il appela sa famille pour les rassurer, sa meilleure amie pour l’informer de la situation incommode dans laquelle il était, puis il décida de sortir de l’aéroport non sans avoir goûté au fameux « McDonald ». Il sortit encore un petit papier sur lequel il écrivit « I am very sorry to disturb you but I would like to know where can I find a McDonald » qu’il tendit à la première personne souriante qu’il rencontra. A coup de grands gestes, elle lui indiqua le 1er étage du terminal dans lequel il était. Tant bien que mal, il réussit à trimballer son énorme valise sur cet interminable escalier. L’émotion était à son comble quand enfin il se retrouva en face de cette légendaire enseigne. Enfin, lui aussi allait avoir droit à son McDonald. Dans combien de films en avait-il entendu parler? Combien de publicités avait-il vu? La serveuse, noire, le tira de sa torpeur dans un anglais tellement cursif qu’il ne put qu’imaginer qu’elle voulait prendre sa commande. – The same, parvint-il à dire après maints balbutiements. « Who », c’est tout ce qu’il put percevoir de sa réponse, il en déduit qu’elle lui demanda la « même chose que qui? », ce qui en effet était pertinent, puisque le client avant lui s’en était allé depuis belle lurette. Alors d’un bras fébrile, il indiqua un menu sur l’enseigne qu’elle s’empressa de communiquer à la cuisine. Il paya cash et alla s’asseoir. Pendant qu’il se faisait servir, une fois de plus il se rendit compte qu’il lui était impossible de communiquer dans ce pays tant il ne comprenait rien à ce que cette belle demoiselle lui disait, il ne répondait d’ailleurs qu’avec un sourire idiot. Il fallait se rendre à l’évidence : surseoir au projet de se rendre hors de l’aéroport. Que ferait-il de cette énorme valise? Comment communiquerait-il? Ou allait-il aller? Comment s’y rendre? Autant de questions sans réponses qui assaillaient son pauvre cerveau. Il était tellement préoccupé qu’il ne se rendit compte qu’il devait savourer son plat, qu’après l’avoir entièrement englouti. A la fin du repas, il sorti son dictionnaire un autre petit papier sur lequel il écrivit « Sorry to disturb you, I would like to know where is Terminal 5 and can I get there », lequel papier il tendit à la demoiselle qui se tenait devant lui et qui lui souriait agréablement. Elle se proposa en retour de l’y accompagner, ce qu’il accepta d’un hochement de tête. Sur le chemin, il n’osa prononcer aucun mot, ne sachant pas comment dire ce qu’il pensait en anglais. Tout ce qu’il put dire fut un « tinkiou » à peine perceptible. Il sortit son bien pour s’enquérir de la porte et de l’heure à laquelle son vol partait. Une fois rassuré qu’il était au bon endroit, il régla l’alarme de son téléphone et s’étendit en face de sa porte d’embarquement. Quelques minutes après, un ivoirien s’endormait JFK airport de New York.   FIN
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Comments (2)

  • Mélyssa Lohoré 12 juin 2013 à 16 h 37 min

    Oui je savais que tu écrivais, tu me l’avais dit un jour. j’avais déjà lu le truc sur « Boss Boss », appelé par Allen mdr #Do U remember?# mais cette histoire-ci… celle-ci…elle m’émeut particulièrement.D’abord, elle est trop bien écrite. Tu as du talent. c’est indéniable. Désormais, tu es ma ★ tchè. Ensuite, c’est vraiment un honneur que d’être nommée dans cette histoire. c’est plaisant à l’extrême mais surtout parce que… tu sais et je sais. Je me demande bien à quelle sauce je serai mangée dans 5 ou 6 mois. kiakia. Bonne continuation. #ta fan 1

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  • Marek Lloyd 12 juin 2013 à 20 h 16 min

    Joli billet

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