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20 HEURES D’ESCALE (1)

juin 10, 2013 10:10 Publié par

12 heures de vol, un troisième continent à fouler. 10 heures d’anxiété, quelques minutes de sommeil et quelques minutes de prières après son départ d’Abidjan, le pilote annonçait la descente prochaine vers New York city, la cité glamour qui devait être sa cité d’amour. Cet instant magique, il en avait rêvé toute une vie. Du pays de l’oncle Sam, il connaissait presque tout : la constitution, l’emblème, le drapeau, la capitale. Son obsession pour cette contrée s’était fort accentuée depuis qu’elle y avait mis les  pieds, car il y a toujours une « elle » dans chaque obsession. En effet, il savait maintenant que Philadelphie, la belle Philly était la capitale de la Pennsylvanie, qu’elle se trouvait à environ 2 heures de bus du centre-ville de New-York et même qu’elle abritait la célèbre Wharton Business School. Mais aujourd’hui, il n’en avait rien à faire de cette ville, celle pour qui ces yeux brillaient devait effectuer le voyage pour l’attendre à JFK airport. Viendra-t-elle? Rien n’était moins sûr car il n’avait reçu aucune confirmation, juste un tout petit sms. Qu’à cela ne tienne, l’espoir dit-on fait vivre. Le programme était trop alléchant pour qu’il n’ait pas lieu. Visite d’une telle ville avec elle à ses bras, time square, park avenue, ground-zero et enfin le pont de Brooklyn, symbole de l’amour parmi les symboles, sur lequel de grands acteurs s’étaient enflammés dans de longs et langoureux bisous. Lui qui n’avait quitté son « Anoumabo » que la veille allait y être, avec la créature la plus belle du monde, sa Miss à lui. Alors un sms, petit ou pas était suffisant pour s’assurer qu’elle allait y être. Ladies and gentlemen… belt…, c’est tout ce qu’il put entendre de ce qui avait été annoncé mais il boucla sa ceinture et se prépara à l’atterrissage comme le faisait les autres passagers. Après un atterrissage à peine perceptible, il fit un petit tour dans les toilettes pour revoir le dispositif :

–          Sourire? Ok, la joie et l’exaltation ne devraient pas être trop perceptibles.

–          Parfum? Encore une petite couche, juste pour ne pas la laisser indifférente.

–          Veston? Bien arrimé aux épaules.

Seulement voilà, mi-septembre, une période de grande affluence, il se retrouva donc dans une ligne d’attente interminable pour effectuer les formalités administratives. Deux heures trente minutes après son arrivée à JFK, il était enfin libre, libre de courir, de voler, de se hâter vers celle qu’il présentait comme l’amour d’une vie. Il en oubliait même de prendre sa valise, revint sur ses pas prit sa valise et fonça tout droit vers la sortie, c’est qu’elle devait s’impatienter. Il arriva tellement vite qu’il fut effrayé par le nombre de personne présentes, il arrivait quand même d’Abidjan. Très vite il reprit ses esprits, un balayage rapide pour comprendre ce qui se passait. Toutes ces personnes attendaient bel et bien quelqu’un. Comment retrouver sa JOHNSON Mélyssa, elle qui était si fine, gracile et pas très grande d’ailleurs. Elle aurait pu être partout dans cette foule immense : à gauche, à droite, au milieu. Il commença à perdre patience, dépassé par la tournure des évènements. Il savait, en théorie, la taille de ce gigantesque aéroport et le nombre de personnes qui y transitait par jour, mais comment se préparer à ce spectacle qui avait lieu sous ses yeux quand on n’a fréquenté que l’aéroport FHB d’Abidjan et encore, à quelque rares occasions. Ou la chercher? Comment la chercher? Et en plus ils ne parlent que l’anglais, se disait-il.

Soudain, il eut une brillante idée : elle est là, j’en suis sûr et connaît mon heure et mon terminal d’arrivée alors je n’ai juste qu’à attendre que cette épaisse foule se dissipe et elle finira bien par se révéler. Seulement, plus le temps passait, plus les vols arrivaient et rien ne semblait changer. La foule était toujours autant dense, et personne de son allure ne semblait apparaître. « Mon téléphone », pensa-t-il, « je suis en roaming, je peux donc l’appeler. ». Il sortit son téléphone avec un large sourire, celui de l’espoir mais qu’elle ne fut sa désillusion lorsqu’il se rendit compte qu’il était déchargé. Il lui fallait trouver une prise électrique d’urgence. Alors, il se mit à maudire avec véhémence toutes ces fois où il avait séché les cours d’anglais. Mais comment la désignait-on en anglais?

–          Prise? Le mot vient de prendre, n’est-ce pas? To take! Yeah I have got it. Non, il ne s’agit que du verbe. Le mot doit être “taken”, oui ça doit être ça. Alors prise électrique doit être « electricity taken » ou « taken electricity ». Non ça n’a aucun sens, « électricité prise ». Il faut voir comment le dire autrement, Ah oui. Et si j’essayais : mon téléphone est déchargé, j’ai besoin de charger ma batterie. Comment dit-on batterie? Ce n’est pas si important finalement, je peux toujours dire : My phone is low, I need to charge it. Non, c’est pire! Il faut que je me débarasse de la première partie de la phrase : Please, I need to charge my phone. There we go!!!

Yes we can!!! Se mit-il à scander dans l’aéroport avant de se rendre compte qu’une multitude de paires d’yeux étaient porté sur lui. Il interpela le premier passant avec son meilleur accent anglais :

–          Please! Can you help me; I need to charge my phone?

Celui-ci s’en alla après plusieurs “What?”, ainsi que le second, le troisième, le quatrième ainsi que le cinquième. La série se répéta pendant une trentaine minute, jusqu’à ce que un des passants lui suggéra à coups de gestes « surfaits » d’écrire plutôt que de parler. Il s’exécuta et fini par être compris. Il sortit son chargeur se dépêcha vers la prise qui lui était indiquée. Sa désillusion fut à la mesure de son espoir, en effet les prises étaient différentes du système francophone, il était donc impossible pour lui de charger son téléphone. Il s’affala sur le mur qui se trouvait près de lui, son cœur s’emplit d’un mélange sombre de haine et de fureur. Il était triste et ce n’est qu’un euphémisme, il en voulait à la terre entière, à ce système anglophone aux prises et à la langue différentes. Mais par-dessus tout, il s’en voulait et même se détestait de ne pas avoir économisé sa batterie. Pourquoi n’a-t-il pas songé au fait que les prises puissent être différentes? C’était censé être le plus beau jour de sa vie mais comme c’est le cas le plus souvent, plus l’espoir est grand, plus le désespoir le sera.

Une tristesse aussi soudaine que violente l’envahit, il sentait ces larmes remonter avec vélocité.  La tête entre les mains, il se cachait du monde et espérait, telle une autruche devenir invisible. Il avait aménagé son emploi du temps, repoussé son prochain vol au lendemain, afin de dégager une disponibilité de 20 heures pour passer du temps avec elle dans cette ville magique. Le pire pour lui, c’était l’incapacité de savoir si elle était venue ou pas. Cette énigme était encore plus diabolique. Elle ne cessait de lui tirailler l’esprit, et il sentait son cœur se serré chaque fois qu’il y pensait. Puis survint de nul part une soudaine lueur d’espoir, cette force qui vous fait finalement l’appeler alors que vous vous êtes promis de ne pas être le premier à le faire, cette force qui vous fait penser : peut-être bien qu’elle n’a pas d’unités, ou même qu’elle est en danger; elle lui fit croire que « sa miss » pourrait être en train de le chercher dans cet aéroport. Son amour était si vrai et pur qu’il ne suffit que d’une fraction de secondes après cette pensée pour qu’il retrouve toutes ses facultés, et il se remit à croire en la possibilité de la revoir et de vivre cette journée dont il rêvait chaque nuit, couché sur son lit d’Anoumabo. Une illumination digne du grand Ulysse lui fait remarquer que les compagnies aériennes devraient avoir un service bilingue. Il parcourut donc le terminal 1 de l’aéroport à la recherche d’une compagnie surtout francophone pour être sûr de trouver une oreille attentive. Très vite il se retrouvait en face d’une belle hôtesse au sourire désarmant, ses yeux bleus étaient si paisible. Elle s’adressa à lui mais il ne peut que distinguer « Welcome ».

–          Do you speak french? Arrivait-il à balbutier, l’émotion de sa rencontre passée.

–          Oui, bien sûr comment puis-je vous aider? Demanda-t-elle

–          Je viens d’arriver d’Abidjan et mon téléphone est déchargée, j’aimerais que vous m’aidiez à charger ma batterie.

–          Laissez-moi deviner, vous ne pouvez pas utiliser votre chargeur car les prises sont différentes. Laissa-t-elle échapper avec un large sourire moqueur. J’ai toujours pensé qu’on devrait vendre des adaptateurs dans l’avion. Ajouta-t-elle ensuite.

–          C’est exact.

Elle lui indiqua du doigt un endroit du stand qui disposait de prises françaises. Il se précipita, brancha son téléphone qui bizarrement mit plus de temps que de coutume pour se mettre en marche.  A peine les barres de réseaux chargées, les SMS arrivaient. Son père, sa mère, ses amis mais il ne semblait satisfait. Puis son cœur s’emballa soudainement à la vue d’un nom : Roxan. C’était le dernier message et donc aucun message de sa part, aucunes notifications d’appels venant de son numéro. Cette fois-ci, il était triste mais ne pleurait pas. Il se surprit même à rire, il se laissait tomber à même le sol, n’avait plus de force pour la détester ni même pour penser. Il rassembla ses derniers énergies, et comme dans un dernier baroud d’honneur que ferait un lutteur, il composa son numéro. Comme il s’y attendait, elle était injoignable. Une larme, malgré son sourire, parcouru son visage. La douleur était atroce et affligeante mais il lui fallait répondre à cette question : Que faire pendant ces 20 heures d’escales qu’il s’était aménagé?

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Comments (4)

  • Sadjee 12 juin 2013 à 17 h 34 min

    Bienvenue, Boss…bah je file lire la suite de ce texte pas mal écrit…attention juste à quelques maladresses de style (concordance des temps…).

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    • BOSS
      BOSS 12 juin 2013 à 17 h 48 min

      Merci beaucoup pour le compliment et surtout pour la remarque. Je vais tacher à y remedier. Merci beaucoup

       Reply
  • Rahim 12 juin 2013 à 17 h 36 min

    Belle histoire mais qui se termine bien mal. J’espère qu’il y a une suite.. sinon que ça serait dommage!
    (y)

     Reply

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